‹ Les héroines de Kalidasa et les héroines de Shakespeare;Chapitre 16 sur 37 · Obedient aa the acabbard. Cymbelinei act; III, se. m · texte numérisé non relu

Obedient aa the acabbard. Cymbelinei act; III, se. m

italiennes qui sourient du haut de leur balcon à une déclaration d'amour. Aussi Imogène est-elle restée populaire parmi ses compatriotes ? elle a inspiré des tableaux charmants ; le burin a multiplié ses traits, et plus d'un gentleman humoriste s*est épris tout de bon de cette délicieuse chimère.

Ce n'est, certes, pas Rosalinde qui se laisserait égorger aussi tranquillement que la fille du roi Cymbeline ; c'est bien l'héroïne de cette fantaisie brillante intitulée : Comme il vous plaira! Sous un déguisement masculin, la jeune fille poursuit son amant à travers la forêt des Ardennes ; qu'elle le saisisse dans la clairière ou au détour d'une allée sombre, elle le lutine et Tagace sans miséricorde ; elle le confesse le poing sous la gorge, et ne se lasse pas de lui entendre répéter qu'il meurt d'amour pour Rosalinde. Est-on d'une malice aussi raffinée ? Elle dépeint à Orlando sa belle sous les plus noires couleurs. Qu'il y prenne garde, c'est le démon le plus fantasque et le plus tyrannique qui ait jamais

existé. Le pauvre garçon écoute, stupéfait et fort scandalisé d'entendre ainsi traiter l'objet de son culte. « Ne vous en étonnez pas, » continue»t-elIe imperturbablement; c plus une femme a d'esprit;, plus elle a de caprices; fermez la porte sur l'esprit d'une femme, et il se fera jour par la fenêtre ; mettez-le sous clef, et il passera par le trou de la serrure ; bouchez la serrure, et il s'envolera par la cheminée avec la fumée '. » Il serait difficile, en effet, d'enchaîner l'esprit de cette vive et piquante créature ; mais sitôt qu'Orlando a disparu, comme elle jette ce masque trompeur ! La femme reparaît bien vite et l'amante est prise dans les lacs de sa coquetterie. « Ahl cousine, s'écrie-t-elle en se tournant vers Célie (charmante personne même auprès de Rosalînde), jolie petite cousine, tu ne^ saurais croire combien je

I. The witter the way-warder. Make the door upon a woman*s wit and it will out at the casement. Shut that and't will out at the key-hole ; stop that, it will fly with the smoke out at the chiraney. As you like it, act. IV, se. i.

suis enfoncée dans l'abîme de lamour, et le fond de ma passion est aussi inconnu que celui de la baie de Portugal K » Peut-être aime-t-elle à la manière des femmes d'imagination, avec la tête plus encore qu'avec le cœur; mais, croyez-le bien, son amour est aussi violent qu'une pareille nature peut le comporter. Les belles parleuses sont rares dans Shakespeare ; ses héroïnes sentent mieux qu'elles ne dissertent. On ne peut guère opposer à la maîtresse d'Orlando que Rosalinde dans Peines d'amour perdtieSj et Béatrice dans Beaucoup de bruit pour rien. Encore peut-on mettre en doute le scepticisme de cette dernière qui nous affirme « qu'elle aime mieux entendre son chien japper après une corneille qu'un homme lui jurer qu'il l'adore 2, ce

1 . O coz, coz» coz, my pretty liltle coz, that thou didst know how many faihom deep I am in love. My affection has an unknown bottom like the bay of Portugal. Id. id.

2, I had rather hear my dog bark at a crow that a man swear he loves me. '

Muçh ado abçitt nothing^ act I, se. ï,

qui ne Fempéche pas d'épouser Bénédick à la fin du drame.

Miranda, au contraire, est un des types que le poète s'est complu à reproduire.

Elevée jusqu'à seize ans dans une île déserte, elle ne connaît d'autre joie que de soigner ses fleurs ou ses oiseaux ; Tespèce masculine ne lui a été révélée que sous les traits du grossier Caliban qui est un monstre, et du gentil Ariel qui est un sylphe.

En homme sage, Prospéro a jugé inutile d'édifier sa fille sur un monde qu'elle ne doit jamais connaître. Aussi Miranda prend-elle tout d'abord * Ferdinand pour un esprit de l'air; involontairement elle revient sans cesse près du captif et l'exa- • mine avec une curiosité naïve. Elle prétend soulever de ses mains délicates les lourdes bûches que le jeune prince doit ranger en pile, et travailler pendant qu'il se reposera. Ce n'est qu'une enfant qui s'ignore elle-même, mais sa tête travaille, son cœur bat et pressent une révélation.

Elle est joyeuse et n'en saurait expliquer la cause. On dirait une pensionnaire, échappée

du couvent, qui aperçoit tout à coup la vie sous ses aspects les plus riants. Ferdinand avoue sa passion et la lumière se fait sur le champ dans le cœur de Miranda. « Je suis votre femme, si vous voulez m'épouser ; autrement, je mourrai fille et à vous. Vous pouvez me refuser pour votre compagne, mais, que vous le vouliez ou non, je serai votre servante » * ! Peut-on répondre avec une tendresse plus franche ? Cette ingénue n'a-t-elle pas regagné tout le temps perdu , et la science ne lui est-elle pas venue bien vite ?

Le Songe d'um nuit d'Eté est de la même famille que la Tempête et Comme il vous plaira, mais Hélène est plus instruite que Miranda et moins gaie que Rosalinde. Elle a souffert et elle aime sans espoir. Obéron voit les pleurs de cette

I. I am your wife if you will marry me; if not ru die your maid. To be your fellow yoa may deny mej but TU bs your servant whether you will or no.

The Tempest, act. III, se. i.

amante, et, moitié malice, moitié compassion, il vient tout embrouiller d'un coup de sa baguette. Non-seulement Hélène fera la conquête de Démétrius mais encore celle de Lysandre, le soupirant de la belle Hermia. Les deux couples se rencontrent un soir, dans le bois qui est aux environs d'Athènes. Shakespeare avait là une belle occasion de prendre la nature sur le fait, il n*y a pas manqué. Hermia et Hélène ne sont plus deux grandes dames de ce monde imaginaire que Shakespeare appelle la cour du duc Thésée; ce sont deux rivales furieuses, s'^injuriant sur ce ton élevé de gamme que le seizième siècle ne désavouait pas. Hermia, surtout, perd toute mesure; le poing tendu^ elle se dresse devant Hélène : « Voleuse d'amour, s'écrie-t-elle, voilà donc son secret dévoilé ; c'est avec sa belle taille qu'elle a forcé la préférence de mon amant. Eh I te parais-je donc si petite, bâton peint de la fête de Mai? Parle, suis- je donc si naine? Ahl je ne le suis pas encore assez pour que mes ongles ne puissent atteindre à la hauteur

de tes yeux *. » Autour de cet imbroglio, comme la vignette encadre un dessin, le poète a jeté des amours de papillon et de' colibri. Obéron, mécontent de son épouse, veut la rendre amoureuse d'un lourdaud à tête d'âne. Voilà cette fière Titania agenouillée devant un monstre : elle caresse ses joues velues et baise ses longues oreilles. Elle lui répète sur tous les tons qu'il est sa douce joie et le bien-aimé de son cœur. Ne s'obstine-t-ellepas à attacher sur cette vilaine tête une couronne de roses?

Devant ces jolies protestations, le bienaimé ne sait que braire et demander du foin 2. Ici, sous le badinage poétique se

1. Now I perceive that she hath made compare Between our statures; she has urged lier height And with her personage, her tall personage

Her height forsooth, she has prevâifd wilh him. How low am I thou painted may pôle? speak.

How low am I, I am not yet so low But that my nails can reach unto thine eyes.

A Midsummev-night's dream, act. lU, se. ir.

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