‹ Les héroines de Kalidasa et les héroines de Shakespeare;Chapitre 22 sur 37 · MM · texte numérisé non relu

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elle les regrets qu'on accorde à la jeunesse et à la beauté. Une reine et toute une cour en pleurs suivent son cercueil. Hamlec lui-même retrouve un éclair de sensibilité devant la fosse qui va recouvrir son amante. Heureuse créature, que le poète a prise en pitié^ et qui n'a pas connu la plus amère des douleurs : celle de survivre à ses illusions !

Juliette peut-elle bien être la sœur d'Ophélia? Le climat enivrant du Midi a vu naître la fille des Capulets; la vie et le bonheur débordent chez elle* C*est Tunique rejeton d'un père et d'une mère dont elle est Tidole; c'est l'enfant gâtée d'une vieille nourrice ; rien n'a résisté aux caprices de ce jeune tyran. Juliette a seize ans, et tous les gentilshommes de Vérone sont à ses pieds. Elle vient de faire, au bal du seigneur Capulet , ses débuts dans le monde; tous les instincts féminins' s'éveillent à la fois dans cette âme enchantée ; Juliette est heureuse d'être belle, plus heureuse encore- qu'on le lui dise. Roméo passe à travers la foule élégante et mas-

quée. Les yeux de la Jeune fille le suivent et le cherchent encore, qu'il a disparu :

« Quel est ce cavalier? dit-elle à sa nourrice. Va, demande son nom. S^il est marié, je crains bien que mon tombeau ne soit mon lit nuptial i. « Cest aller un peu vite; mais la passion n*efFraye point cette Italienne, et elle s'y jette avec toute l'ardeur d'une nature véhémente. Au milieu des joies d'une affection partagée, Ophélia ne peut se défendre d'une inquiétude vague ; Juliette ne comprend pas que l'amour puisse apporter autre chose que le bonheur. Le courroux d'une famille entière, le poignard de Tybalt, levé dans Tombre, l'avenir chargé de menaces, elle ne voit rien. Appuyée sur son balcon, elle écoute avec extase cette voix harmonieuse qui chante un air inconnu et trouble le silence de la nuit. L'amour de Roméo va brûler et consumer en même temps la fille des

t. Go, ask his name. If he married My grave is like lo bc my weddfng bed.

Act'. V, se.

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Capulets; le mariage dans la vieille abbaye et l'échelle de soie suspendue au mur ne sont pas loin de la déclaration timidement risquée. Tout ne marche pas encore assez vite au gré de Juliette : « Viens, douce nuit, s'écrie-t-elle éperdue, viens, nuit amoureuse, le front couvert de ténèbres, donne-moi mon Roméo '. » La nuit si ardemment implorée finit trop tôt; il faut partir. Comme un enfant mutin, l'Italienne se révolte ; elle se pend au cou du beau Montaigu et l'enlace de ses bras :

« Mon bien-aimé, ce n'est pas le jour ; c'est le rossignol qui chante là-bas sur ce grenadier. — Non, mon amour, c^est l'alouette qui proclame le matin. » Débat charmant qui n'avait pas besoin de la musique d'un maître pour rester le plus délicieux des duos d'amour.

Le quatrième acte nous révèle Théroïne

t. Corne, gentle night; corne, loving black broW'

[night.

Give me my Romeo.

Act. m, se. n.

sous un point de vue nouveau. Cette amante exaltée ne songe plus qu*à ses devoirs d'épouse. Pour se conserver à Roméo, elle descendra sous la voûte oti reposent ses ancêtres. Pleine de jeunesse, elle s'ensevelira à côté de cadavres séculaires, et, pour renaître à l'amour, elle passera par la mort. Un moment, la chair se révolte, les frissons de la peur s'entrechoquent sur ses lèvres tremblantes; tout ce qu'une créature humaine peut endurer d'angoisses s'otfre à sa pensée ; mais, derrière les spectres grimaçants, Juliette voit son époux lui tendre les bras. « Roméo, s'écrie-t-elle en avalant le breuvage du frère Laurence, ceci je le bois à toi ï. » Le réveil sera plus affreux encore que ne l'avait rêvé une imagination en délire. Aux clartés de la lampe funéraire, Juliette aperçoit Montaigu couché sur la terre. Elle soulève ce corps inerte, baise cette bouche chaude enéore, et, trop sûre de son malheur, se frappe avec le

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