‹ Les héroines de Kalidasa et les héroines de Shakespeare;Chapitre 28 sur 37 · I. Who has done this deed · texte numérisé non relu

I. Who has done this deed

— No body; I myself. Farewell.

Command me to my kind lord. O Farewell.

Ibid.j act. V, se. ii.

C^EST un compatriote de Shakespeare qui fit connaître en Europe le maître du théâtre indien, et nous lui devons la première traduction de Sakountalâ. William Jones avait résidé à Calcutta, explorant avec ardeur les textes sanscrits et se mêlant volontiers aux brahmanes qui pouvaient éclairer ses études ". Un Pandit révéla au jeune savant Texistence d*une littérature dramatique. Il lui apprit que ces jouissances théâtrales, si appréciées dans rOccident, faisaient, il y a plus de deux mille ans, les délices des Indiens, et, comme spécimen de l'art qu'il vantait, le brah-

t. Paper on Kâlidâsa, read before the Bombay branch of the Royal Asiatic Society, by Shri Bhau Daji.

mane mit sous les yeux de W. Jones une copie de Sakountalâ. Surpris et charmé d'une si brillante découverte, le traducteur n'hésita pas à proclamer Kâliddsa le Shakespeare de rinde : c'était le plus grand éloge qui pût sortir d'une bouche anglaise.

A son tour, Auguste de Schlegel louait cette œuvre délicieuse qui, malgré le coloris d'un climat étranger, offrait tant d analogie avec le drame romantique ^ L'éminent littérateur allemand le savait mieux que personne : la prédilection de Jones pour Shakespeare n'entrait pour rien dans cette ressemblance singulière, et deux maîtres pouvaient bien se rencontrer dans la peinture des passions humaines. Que le poète indien aille chercher ses héros dans la mythologie védique, ou que Shakespeare les prenne dans Thistoire d'Angleterre; que nous écoutions le récit des amours de Pourou ou des crimes de Glocester, il y a, dans tous ces drames, un ta-

t. Première lecture sur la litte'rature dramatique^ par Auguste William de Schlegel.

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bleau vivant de Tépoquc qu'ils reproduisent. Euripide attendrissait le peuple athénien en lui retraçant les malheurs des héros du passé, tandis qu'Aristophane le divertissait par le spectacle des folies contemporaines. *Nî cette belle et sérieuse manifestation de Fesprit humain qu'on appelle la tragédie, ni cette satire enjouée qui est la comédie, n ont une part distincte dans les œuvres de Shakespeare et de Kâlidâsa. On y trouve un mélange harmonieux des deux genres, un accord tacite entre le rire et les pleurs; c'est la vie elle-même, avec ses joies insensées et ses tristesses amères. Sakountalâ vient de nous arracher une lar^me de compassion; déjà nous sourions aux récriminations égoïstes du brahmane Mâdhavya; et les lamentations du vieux Lear, qui n'a plus ni royaume ni abri, se confondent avec la joyeuse chanson du fou.

Cette analogie, qui frappe dans l'ensemble, examinons la dans les détails. Voici deux héroïnes qui nous sont présentées à peu près de la même manière. Mîranda et

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Sakountalâ, issues de race royale, se sont développées dans les mêmes conditions d*ignorance et de solitude absolue ; Tune ne connaît que les ascètes de la forêt consacrée, et l'autre que les esprits qui voltigent dans Tair. La jeune anachorète n'imagine aucune joie plus douce que celle de défier ses compagnes à la course ou d'arroser ces arbres, « pour lesquels elle éprouve la tendresse d'une sœur; » jusqu'à présent, c'est tout ce qu'elle a connu des passions. Pour Miranda, il n'est rien de comparable aux coquilles semées sur le sable des grèves ou à la vague que soulève TOcéan. Au début de l'action, Sakountalâ folâtre sous les bosquets avec ses compagnes, et Miranda, debout sur la plage, suit avec anxiété les progrès de la tempête. Mais, dans l'île déserte comme dans le bois consacré, l'amour n'est pas loin et ne demande qu'à paraître.

Il couve dans ce sein qu'agite la pitié comme sous les jeux innocents de ces filles qui donnent encore la main à l'enfance.

Soudain Ferdinand et Douchmanta paraissent ; même surprise et même ravissement

s*éveillent dans l'a me des héroïnes : « Comment, en voyant ce personnage, dit Sakountalâ, suis-je devenue accessible à une émotion contre laquelle devrait me garantir cette retraite vouée à la pénitence '. »

— a Ah! s'écrie Miranda, je pourrais bien le nommer un objet divin, car jamais je ne vis rien de si noble dans ma vie ^. » Elles l'admirent et l'aiment déjà, ce premier homme qui leur est apparu avec le prestige de la jeunesse et de la beauté. Adieu , tranquille adolescence; la douleur ne se fera pas attendre. Ce sang, jusqu'alors si calme, est brûlé par la fièvre et l'inquiétude. Il faut qu'il s'échappe, ce secret terrible, ou elles en mourront, les douces créatures.

La vierge chrétienne est plus franche et plus hardie dans l'expression de sa tendresse. Une contrainte, due aux mœurs

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