‹ Les héroines de Kalidasa et les héroines de Shakespeare;Chapitre 34 sur 37 · I . Eyes, look your last · texte numérisé non relu

I . Eyes, look your last

Arms, take your last embrace î and lips, o you The doors of breaih, seal with a righteous Kiss. A dateless bargain to engrossing death.

tandis qu'Ourvasî se dégage de 1 ecorce d'une liane et revient à la vie. La pièce finit comme les opéras-comiques; Kâlidâsa se ferait scrupule de laisser le spectaleur sous une impression pénible. Shakespeare est tragique comme les Grecs et ne recule jamais devant un dénoûment sanglant ; sans se laisser distraire, il marche à la poursuite d'une idée, s'en empare et la développe ; peu lui importe oîi elle le conduit. Qui sait mieux, pourtant, devenir léger et gracieux à l'occasion ? cett^ main qui a tracé d'un pinceau si ferme la vie et la mort de Richard III, le règne d'Henri VIII, la trahison de Macbeth, ne dédaigne pas, à l'occasion, les tableaux d'intérieur. Comme l'auteur de Sakountalâ qui a esquissé avec infiniment de charme dans Mâlavikâ les mœurs intimes d'un palais priental, Shakespeare nous a donné dans « Peines d'amour perdues », une agréable raillerie de l'euphémisme que les courtisans d'Elisabeth avaient mis à la mode. Molière aussi, ne s'est-il pas plu à tourner en ridicule le jarj^on de l'hôtel de Rambouillet? les œu-

vres légères sont le délassement du génie.

Chose étrange, Shakespeare et Kâlidâsa se rencontrent dans les domaines de la féerie comme dans Tanalyse du cœur humain.

Faut-il que le poète anglais célèbre le mariage d'un seigneur illustre *? Est-il libre de lâcher les rênes à son imagination? La tempête et le Songe d'une nuit d'été naîtront sous sa plume. Sylphes, farfadets, lutins ou démons, tout un peuple surnaturel se lève à sa voix.

Le poète indien aussi sait se faire obéir par les esprits des airs, les musiciens du ciel et les géants malfaisants. Il est facile de trouver un lien de parenté entre les nymphes, qui voltigent de la terre au ciel, et les fées qui dansent sur le gazon, au clair de la lune. Les Âpsaras, perdues dans la montagne ou enlevées par des Dânavas,

I. Holt, un des commentateurs de Shakespeare, pense que La Tempête fut composée spécialement pour les noces du comte d'Essex avec lady Francis Howard, à l'occasion desquelles elle fut jouée, pour la première fois, en 1611.

Rambha, Ménakâ, Ourvasî, sont les sœurs aînées de Mab et de Titania. Qu*on ne s'en étonne pas ; Tépouse d'Obéron a voyagé dans le pays du poète indien ; elle-même nous l'apprend , au milieu d*un violent orage domestique, — ces jolis lutins ont tous les caprices et toutes les passions des mortels, — la reine des fées déclare à son mari, qui est jaloux d'un page, que <c pour rien au monde elle n*abandonnera cet enfant ; sa mère était, dit-elle, initiée à nos mystères, et, maintes fois la nuit, dans Tair parfumé del'Inde, elle s'est promenée à mes côtés « j».

Pourquoi cette contrée plutôt que toute autre ? c'est que l'Inde était fort à la mode du jour ; l'Angleterre guettait cette riche proie, et déjà les vaisseaux de l'amirauté avaient dépassé l'île de Ceylan. Shakespeare

I . Set your heart at rcst The fairy land bays not the child of me His mother was a voiaress of my order And in the spiced Indian air by night Full often hath she gossiped by my side.

A mid^ummer-nighC s dream, act. Il, se. i.

ne se doutait guère qu'un jour, une femme assise sur le même trône qu'Elisabeth, sa protectrice, joindrait au diadème des reines d'Angleterre le sceptre d'impératrice des Indes, Il parlait de THindoustan un peu au hasard, comme du pays de la magie et des enchantements, et il en connaissait tout au plus ces légendes merveilleuses rapportées par des marins qui ne se faisaient pas scrupule de mentir. Mais puisque Titania a effleuré de ses petits pieds les cimes de l'Himalaya et balancé son corps mignon dans le calice d'un lotus, rien d'étonnant à ce qu elle parle comme une adoratrice de Civâ ou de Vischnou.

c( Dors dans mes bras, dit la fée à son disgracieux amant, Phomme à la tête d'âne ; ainsi le doux chèvrefeuille s'entrelace amoureusement, ainsi le lierre femelle entoure de ses replis les bras d'écorce de l'ormeau ^»

I. Sleep ihou and I will wind thee in my arms So doth ihe wooJbine the sweet honey suckle Gently eniwist ; the female ivy so Enrings tbe barky fingers of the ehn.

A miisummer-night's dream, IV, se. i.

a Voyez , dit une des compagnes de Sakountalâ, cette jeune tige de jasmin qui s'est donnée pour épouse à un manguier odorant, et qu'elle embrasse avec ses jeunes rameaux *, w

L'orme touffu qui ombrage les routes anglaises ne ressemble guère au superbe manguier du sol brahmanique, mais la comparaison est exactement la même, et les deux phrases semblent calquées Tune sur l'autre. N'oublions pas non plus que la reine des fées et toute sa cour parlent en vers harmonieux, tandis que Battom et ses compagnons font usage d'une prose vulgaire. Ce mélange existe dans Kâlidâsa qui va plus loin encore, et se sert alternativement de deux dialectes ; le héros et les principaux personnages emploient seuls la langue sanscrite; le prâcrit est réservé aux femmes et aux subalternes; Ourvasî ellemême, habitante du ciel, n'a pas la permission de parler autrement. Il y a cependant, pour Kaucikî, une exception que

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