‹ Les héroines de Kalidasa et les héroines de Shakespeare;Chapitre 4 sur 37 · Le Théâtre-Historique · texte numérisé non relu

Le Théâtre-Historique

3. Wilson, Système dramatique des Indiens, p. xxT, dans le I""* vol. des Chefs-d'œuvre du théâtre indien, irad. par A. Langlois. Le mot roûpaka vient de roûpa, a forme, figure », et signifie a ce

seulement dix espèces du premier genre et dix-huit du second ; ce serait assez pour fatiguer la patience de tout autre qu'un Indien. Chaque branche de Tart dramatique, féerie, mélodrame, ballet, comédie, vaudeville, est réglée avec un soin méticuleux.

Ces compositions diverses peuvent avoir de un à dix actes. Les Nâtakas, ou pièces de premier ordre, n'en auront jamais moins de cinq. Le premier acte doit être simplement une exposition, et sa fin sera marquée par la sortie de tous les personnages; l'action grandira et se développera dans les actes suivants, à travers diverses péripéties plus ou moins ingénieuses. Au dernier acte, le drame se dénouera par une crise finale et se terminera comme il a commencé, par une bénédiction ou une prière.

L'unité de lieu et la durée de l'action, qui préoccupaient si fort les Grecs, ne semblent d'aucune importance au fondateur du

qui donne une forme, une figure, un caractère aux personnages imaginés par un auteur ». Les oiiparoûpakas sont des ouvra;;es moins impor tants du mêin; genre.

théâtre indien. En revanche, il s'est perdu dans un dédale de divisions et de règles, souvent insignifiantes; la conduite de l'intrigue, la variété des incidents, les vices et les vertus des personnages, leurs impressions physiques et morales, tout est prévu, classé, catalogué. Le poète est enchaîné; on ne laisse carrière ni à son imagination, ni aux effets qu'il veut produire. Il doit obéir et n'a pas le droit de donner à ses héros des qualités incompatibles avec l'organisation qui leur est propre. 11 serait inconvenant d'attribuer la libéralité à un Rakchasa i, invraisemblable de supposer la fraude chez le généreux Râma. Bharata ne tolère d'infraction qu'en faveur des perfidies de l'amour ; un prince, un héros, peuvent, sans manquer à leur dignité, cacher à une amante jalouse des égarements de cœur. Le sage, supérieur aux faiblesses humaines, voulait-il prouver queles amoureux ne jouissent pas de toute leur raison

I. Rakonasa ou Rakchas, sorte de yampire ou génie malfaisant.

et qu*il les faut traiter avec indulgence?

Jamais la Parakiyâ, c*est-à dire la femme d'un autre, ne doit être l'objet d'une intrigue dramatique. Les Indiens ne croyaient pas intéresser avec la peinture d*un amour adultère, et l'épouse reste sacrée pour le poète. Voilà une loi qui gênerait singulièrement les allures de notre théâtre contemporain ! Admirons aussi le sentiment délicat qui interdit toute action sanglante sur la scène. Les personnages du drame peuvent se battre ou s'égorger, à condition d'être hors de la vue du spectateur. Ils ne viennent pas étaler leur agonie et présentera l'esprit les plus pénibles images. Tandis qu'ils expirent discrètement dans la coulisse, un récit, à la manière de celui de Théramène, instruit le public des événements accomplis : Horace défendait que Médée tuât ses enfants sur la scène, et Boileau s'est écrié, après le poète latin :

Mais il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux » .

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