‹ Les héroines de Kalidasa et les héroines de Shakespeare;Chapitre 6 sur 37 · I. Voici la stance de Goethe · texte numérisé non relu

I. Voici la stance de Goethe

Willst du die Blûthe des Frûheo, die Frûcbte des spae-

teren Jabres, Willst du was reizt und entzûckt, willst du was ssttigt

und nachrt, Willst du den Himmel, die Erde, mit einem Namen be-

greifen :

Neim'ich Sakontala, Dich, und so ist Allés gesagt.

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CE n'est pas seulement par ses drames que Kâlidâsa a conquis Tadmiration de la postérité; on lui attribue plusieurs poèmes qui sont restés pour ses compatriotes les chefs-d'œuvre du genre. Quoique ces poëmes ne se rattachent pas directement à notre sujet, nous ne pouvons les passer sous silence.

Citons d'abord le Ritou Sanhara, ou « Cycle des saisons », peinture curieuse et fidèle du climat de Tlnde; Thompson, Saint-Lambert et Roucher ont marché, sans le savoir, sur les traces de Kâlidâsa.

Le Raghouvanqa chante les exploits de la race héroïque qui régna sur Tlnde et dont les ancêtres passaient pour les fils du soleil. On trouve dans ce poëme les qualités de style et de versification qui distin-

guent Kdlidàsa, mais le courtisan s'y montre trop, on devine que les faveurs royales récompenseront les adulations du poète.

Dans le Koumara Sambhava, Kâlidàsa donne franchement lessor à ses prédilections religieuses. Non loin d'Oudjayini s'élevait un temple fameux, où Çiva était adoré sous le nom de Mahâkâla. Fervent adorateur de ce dieu, et voué, ainsi que l'indique son nom, au culte de Kâli, compagne de Civa, le poète s*est complu à glorifier le couple destructeur. Il a célébré les amours des deux divinités et la naissance de leur fils Kârtikêya, le dieu des combats.

Quant au Meghadoûta ou « Nuage messager », le plus connu, en France, des poèmes de Kâlidàsa, c'est une œuvre d'imagination purement descriptive et élégiaque. Un génie, préposé à la garde des jardins du dieu des richesses, a oublié ses devoirs. Uni à une nymphe céleste et absorbé par les premiers enivrements de l'amour, il laisse pénétrer l'éléphant d'Indra dans les merveilleux jardins. On se figure les ravages qu'y peut faire un éléphant^

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surtout celui d'Indra. La punition ne se fait pas attendre; le serviteur négligent est exilé seul sur le sommet d'une montagne.

Un jour, apercevant un nuage au-dessus de sa tête, il l'apostrophe, le charge d'un message auprès de celle qu'il regrette nuit et jour, et lui indique la route à suivre pour se rendre vers la bien-aimée. Sur ce thème poétique et bizarre, imprégné d'un x^

parfum oriental, Tauteur a brodé les va- î.

riations les plus ingénieuses. On est frappé v;

de la manière exacte dont il connaissait la mythologie et la géographie de son pays; l'érudit double le poète, dont le trait fin et délicat, le coloris suave et brillant révèlent à chaque ligne l'auteur de Sakountalâ.

Analyser un chef-d'œuvre est toujours une tâche difficile. On tremble d'y porter une main maladroite, et de ne pas savoir faire goûter aux autres ki beautés qui vous ont ému. Puisse l'esquisse rapide que nous allons tenter inspirer, à ceux qui veulent bien nous lire, le désir de connaître Sakountalâî

Le premier acte se passe sur les bords de la Malinî, rivière de fantaisie, qui ne figure sur aucune carte géographique, et n'est autre que le Gange céleste; ces libertés sont permises aux poètes. Le roi d*Hiistinapoura ', Douchmanta, poursuit à travers les bois une antilope si rapide, v qu'elle vole plutôt qu'elle ne court sur la terre. »

Le cocher presse les rênes du char ; tout frémissant de Tardeur de la chasse, Douchmanta ajuste ses flèches; il va atteindre enfin l'animal tombé de lassitude, lorsque deux ermites accourent et supplient le roi d'épargner cette gazelle noire. L'ami d'Indra s'empresse d'accéder à cette prière et veut même saluer les pieux solitaires. Mais, au moment d'entrer dans l'ermitage, il s'arrête discrètement ; un spectacle, qu'il n'oubliera pas de sitôt, vient frapper ses yeux. Sous un bosquet de jasmins en fleurs et d'asôkas odorants, trois jeunes filles sont occupées à des travaux de jardinage.

1. Hastinapoura, « ville des Eléphants, » capitale des Etats du roi Douchmanta.

Elles peuvent compter de douze à quatorze ans, âge où la beauté des Indiennes est dans tout son éclat. Ces filles d'ermites jouent avec Tarrosoir, qu'elles balancent dans leurs mains délicates; elles se taquinent par des propos malicieux : c'est le babil de Toiseau, la naïveté joyeuse de l'adolescence, l'abandon gracieux de trois amies heureuses de vivre et d'être ensemble. Elles se croient seules et ne pensent guère être épiées par un visiteur illustre.

Sakountala se plaint naïvement d'être gênée sous son vêtement d'écorce. a Accusesen la jeunesse qui développe la rondeur de ton sein, » lui répond sa compagne, et d'un geste prompt elle relâche les nœuds trop serrés. Le roi prend plaisir à regarder ces gracieux badinages et ne perd rien d'une scène dangereuse pour son repos.

Tout à coup le groupe charmant est effrayé par une abeille qui veut absolument s'en prendre au visage de Sakountala. On lui conseille en riant d'appeler Douchmanta, sous la garde duquel sont les bosquets des ermites. L'occasion est belle

pour se montrer; le roi n'y résiste pas. Il se donne pour un envoyé du grand monarque. Priyamvadâ et Ânasoûyâ ' l'accueillent à merveille ; mais Sakountalâ se tient à Técart toute pensive. Ses amies la raillent un peu de ce trouble venu si subitement; elles s'empressent de conter au prince que leur compagne n'est pas la fille de Termite Kanwa, mais le fruit des amours d'un roi et d'une nymphe : <c Jadis les dieux s'inquiétèrent des austérités du sage Kaucika, et alors que commençait le printemps, ils lui envoyèrent la belle Ménakâ... »

La fin de l'histoire est embarrassante, le roi l'épargne délicatement aux jeunes étourdies.

oc Le reste se devine, dit-il en souriant, la conduite des nymphes est toujours la même. » Au fond, il est ravi de ce qu'il vient d'apprendre. Le temps s'écoule vite

I. Ces noms signifient, le premier : « celle qui dit des choses agréables >\ et le second « cell: qui ne dit jamais rien de blessant. »

dans ces agréables propos; mais la disparition d'un souverain ne peut rester inaperçue; les gens de la suite, inquiets de l'absence du roi, envahissent la forêt consacrée, et Douchmanta, qui ne veut pas quitter l'incognito, se hâte de prendre congé des trois amies. Comment expliquer les ruses et les replis du cœur féminin?

Sakountalâ, tout à l'heure si pressée de retourner à l'ermitage, s'attarde maintenant derrière ses compagnes, elle feint d'accrocher à une branche sa tunique d'écorce, et se retourne pour lancer au roi un regard qui n'a rien de décourageant. Cette héroïne indienne ne fait-elle pas penser à la Galatée de Virgile, « qui fuit vers les saules, mais qui veut auparavant être vue? »

Le second acte commence par un monologue fort gai et fort spirituel. Le bouffon Mâdhavya se plaint beaucoup de la passion de Douchmanta pour la chasse; il énumère tous les ennuis d'un pauvre courtisan obligé, quoiqu'il en ait, de suivre son maître. Molière s'est plu à retracer.

dans la Princesse d'Élide un caractère qui rappelle celui de Mâdhavya '. Ce brahmane est le plus malheureux des hommes, car il préfère à tout la bonne chère et le repos. Le portrait nous semble peu flatté; il est vrai que les poètes ne se gênent guère à l'occasion pour lancer un trait malin contre les brahmanes. Mais voici Douchmanta dans toute la splendeur royale. Il est environné d'un cortège de femmes Yavanies 2, étrange garde d'hon-

1. Princesse d^Elidey acte I, scène 11. Comparer les plaintes de Moron à celles de Mâdhavya.

2. Le nom de Yavana est employé par les anciens Indiens pour désigner les barbares de TOccident, et plus spécialement les Arabes et les Grecs. Dans une note de sa traduction du drame intitulé Vikramorvaci, qui est aussi de Kâlidâsa (acte V, p. 261), Wilson dit qu'on peut appliquer le nom de Yavani, féminin de Yavann, aux femmes de la Tartarie et de la Bactriane. M. Autaret, consul de France à Bangkok, dans une visite au roi de Siam, en 1864, a vu un corps de jeunes amazones, portant fort bien le mousquet, auxquelles est confiée la garde de la résidence royale. Nizam-Ali, l'un des derniers princes de la dynastie mongole, avait deux bataillons de sipahis.

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neur qui avait jadis, dans l'Inde, le privilège de veiller sur les rois. Aujourd'hui encore ces amazones sont en fonction à la cour du roi de Siam.

Le descendant de Pourou ne songe plus à chasser la gazelle ou l'éléphant; il ne peut parler d'autre chose que de la rencontre du bosquet, et dépeint avec feu les charmes qu'il a entrevus un instant :

« Fleur dont le parfum n'a pas été respiré, tendre bouton qui n'a pas été détaché avec les ongles, perle intacte, miel nouveau dont la saveur n'a pas été goûtée, beauté sans défaut, qui est comme la récompense sans réserve des bonnes œuvres, je ne connais pas le possesseur que lui donnera le destin ' ! »

Cette dernière phrase trahit la pensée

composés de deux mille femmes accoutume'es aux exercices militaires. Elles étaient avec Nizam-Ali à la bataille de Kourdlali, en ijipy où elles se conduisirent tout aussi bi^n que le reste de l'armée.

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