‹ Les héroines de Kalidasa et les héroines de Shakespeare;Chapitre 8 sur 37 · I. Paradis d'Indra · texte numérisé non relu

I. Paradis d'Indra

ta ' frappe aussi ses r^ards : c'est le champ de perfection des ascètes, la demeure de Kâcyapa, petit-fils de Brahma. Douchmanta veut s'arrêter et faire un salut respectueux au saint personnage. Le texte dit mémo qu'il veut tourner autour de lui en présentant le côté droit.

Chose bizarre! les mêmes superstitions se retrouvent chez les nations les plus diverses. Walter Scott raconte, dans Waverley, que les plus vieux d'entre les montagnards tournent ainsi trois fois autour de ceux à qui ils veulent du bien.

En attendant le loisir du bienheureux, Douchmanta regarde un enfant de trois à quatre ans, qui s'ébat avec un lionceau.

L'imprudent a de singuliers passe-temps ; il veut absolument plonger sa main dans la gueule du jeune lion pourj compter ses dents. Douchmata éprouve un vif intérêt pour cet enfant qui ne connaît pas la crainte. Il lui prend la main et découvre

T. Montagne des musiciens du citl. Ce nom signifie : Sommet d'or.

les doigts palmés, signe distinctif des descendants de Pourou ». Cette fois, plus de malédiction pour aveugler le roi. Avec quel transport il serre l'enfant contre sa poitrine ! Le fils va ramener le père dans les bras de la mère. Sakountalâ paraît, ses longs cheveux sont réunis en une seule natte, à la manière des veuves; elle a gardé sa foi, sa douleur et ses souvenirs. Va-t-elle repousser celui qui Timplore maintenant?

La vengeance est si douce pour un cœur de femme blessée ! Mais non * lamour vrai est au-dessus des calculs et des mesquineries de Torgueil ; l'amante délaissée se souvient seulement des jours heureux,- et, sans une plainte, elle ouvre ses bras au coupable. Tout s'éclaircit pourtant. L'héroïne méritait d'entendre de la bouche du sage Kâcyapa la réhabilitation du roi. Le bienheureux paraît dans les airs, sur un trône resplendissant, et le rideau se ferme

I. Les doigts palmés, jusqu'à la première phalange, sont un pronostic de grandeur. Le Bouddha et Râma se distinguent par ce signe.

.Pamnhlet

sur cette apothéose. Ainsi finit Sakoiiniald, création délicate, que le génie seul a pu révéler à un poète païen, noble et touchante figure qui a toutes les pudeurs de la jeune fille, toutes les énergies de la mère, tous les dévouements de l'épouse.

L'auteur aimait sans doute les contrastes; à Sakountalâ, l'héroïne du devoir, il oppose la nymphe Ourvasi, créature bizarre et capricieuse comme l'Ondine ou la Willis, sylphide vagabonde, qui s'envole vers le ciel pour charmer les dieux , ou descend sur la terre ravir le cœur des mortels. Elle est bien charmante cette Ourvasi , pour la fille d'un vieux solitaire refroidi par la pénitence et la lecture du Véda ; il est vrai que sa naissance n'a pas eu lieu dans les circonstances ordinaires.

Rien n'égalait les austérités du sage Nârâyana. La faculté qu'ont les ascètes de se mettre au-dessus des dieux inquiète souvent Indra et lui donne de l'ombrage. Jaloux de Nârâyana, il envoya vers lui les plus belles nymphes célestes, escortées de TAmouretdu Printemps. C'était plus qu'il

n'en fallait pour causer la chute de bien des solitaires; mais le saint, fort de sa vertu, prit une fleur, la mit sur sa cuisse, et aussitôt naquit une nymphe dont la beauté éclipsa les charmes de toutes ses compagnes ■.

Le drame se passe dans les plus merveilleuses solitudes du monde. Kâlidâsa place volontiers THimâlaya au fond de la scène; ses héros effleurent, en descendant du ciel, les pics orgueilleux qui défient la science courageuse et la curiosité intrépide. L'imagination du poète se venge de la faiblesse humaine.

Lorsque le drame commence, Ourvasî vient d*étre enlevée par un Dânava », et les nymphes éplorées poussent de grands cris.

Heureusement Pourouravas, roi de Pratichthâna 3, passe à travers la montagne en revenant de visiter le soleil. Sur la prière

1 . Elle fut appelée Ourvasi, du mot « ourou, » qui signitie cuisse.

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