‹ Les Héros de Richard WagnerChapitre 12 sur 28 · LA MORT DU HÉROS · texte numérisé non relu

LA MORT DU HÉROS

La légende comporte fréquemment un récit de la mort du héros : privé de la libation, le feu s'éteint ; de même le héros est susceptible de disparaître.

La mort de Sigfried . — La mort de Sigfried est diversement racontée dans les différentes versions de la légende. D'après la Vôlsunga, Brunehilde, ayant pénétré la trahison de Sigurd, obtient de son époux Gunther et de son frère Hagen qu'ils le vengent en tuant le héros. Ceux-ci hésitent longtemps et chargent enfin leur demi-frère Gouthorm du meurtre qu'ils n'osent pas commettre. Gouthorm pénètre par trois fois dans la chambre où Sigurd repose, mais chaque fois il s'enfuit effrayé parce que Sigfried le regarde avec ses yeux brillants. Le troisième jour, il le trouva endormi et lui plongea son épée à travers le corps, d'une telle force que les couvertures sur lesquelles le héros était étendu furent transpercées. Mais Sigurd put saisir son épée et la lancer sur Gouthorm, qui fut coupé en deux; puis il expira.

Beaucoup plus intéressante et sans doute

plus ancienne est la version de la légende allemande, d'après laquelle Sigfried est tué par Hagen durant une partie de chasse, dans une forêt, au moment où, agenouillé près d'une fontaine, il se penchait pour boire. Ce récit est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le rapporter dans tous ses détails ; c'est celui qu'ont adopté l'auteur du Nibelungenlied, et Wagner lui-même.

La forêt et la source se retrouvent dans tous les textes du Nord ; nous étudierons plus loin en détail ces conceptions très fréquentes, mais nous pouvons dire dès maintenant que la forêt mythique symbolise la non activité, l'obscurité du sacrifice, état auquel Sigfried va retourner par sa mort. La source a la même signification. Dans les légendes du Nord, les mêmes motifs se rencontrent quelquefois ; c'est ainsi que Hans Sachs raconte que Sigfried fut frappé durant son sommeil, au bord d'une source ombragée d'un tilleul. L'arbre est une réduction de la forêt et exprime le même symbole. Le détail du sommeil persiste d'ailleurs dans toutes les légendes du Nord : Sigurd est frappé soit dans sa maison, sur sa couche, soit étendu

à Tombre d'un tilleul. Cette idée est facile à justifier; le sommeil est déjà une vie affaiblie, une image de la mort ; c'est ainsi que le sommeil mythique de Brunehilde est un équivalent temporaire de la mort. De plus, il sert ici à expliquer l'assassinat par trahison et à sauvegarder l'invincibilité du héros.

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