LIVRE SEPTIÈME
tion!... Les pouvoirs surnaturels émanent quelquefois du mauvais ange...
— a 0 frère, ne dites point cela! Je sens, à la joie douce et pure qui remplit tout mon être, que le Tout-Puissant est l'auteur de la merveille qui vous retient ici. Rendons-lui grâces au lieu de douter, et prions-le qu'il nous réunisse bientôt dans le séjour où l'on ne se dit plus adieu ! ... »
Saint Benoit passa trois jours dans sa maison. Quand il fallut se séparer, ces deux anges de la solitude se donnèrent rendez-vous au Ciel. « J'y serai avant vous , » dit la sœur ; « j'aurai le bonheur de vc us ouvrir les portiques de l'éternelle cité que le Père des miséricordes a préparée pour ses enfants. Ne m'enviez pas la joie de vous y précéder, car vous me suivrez à peu de distance. »
En gravissant la pente du mont Gassin pour regagner son monastère, saint Benoît entendit un murmure harmonieux, audessus de sa tète. Il leva les yeux au ciel , et vit l'àme de sa sœur qui montait sous une forme lumineuse vers les nues, et qui se perdit peu à peu dans les plus hautes régions du tirmament. Il envoya aussitôt ses religieux chercher le corps de la bienheureuse trépassée, et le tit ensevelir derrière l'autel, dans l'église du monastère.
Tels sont les naïfs récits que la légende a recueillis comme des fleurs célestes, pour embaumer de leurs parfums la mémoire du patriarche des moines d'Occident. Ces croyances ne s'imposent point; elles sont du domaine des traditions pieuses et touchantes qu'il est permis de publier pour l'utilité des âmes dévotes, et dont les papes Urbain VÏII et Benoît XIV ont dit , en leurs décrets, qu' «on peut les croire d'une foi humaine, conformément aux règles delà prudence, selon lesquelles elles
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sont probables, et appuyées sur des motifs suffisants pour que la piété les admette. »
C'est par de semblables récits , qu'en dehors des enseignements de l'Église et de la foi , s'est popularisée pendant de longs siècles l'histoire des héros de la vie contemplative.
Et ne croyez point que cette expression de héros s'applique mal aux hommes que je viens de peindre. Parmi les païens eux-mêmes, Pythagore, Platon, Socrate, recommandaient le culte de ces « héros pleins de bonté et de lumière qui pensent toujours à leur Créateur, et sont tout éclatants de la lumière qui rejaillit de la félicité dont ils jouissent en lui. »
« Héros, » disait le philosophe Hiéroclès , commentateur de Pythagore, « héros vient d'un mot grec [Epuç) qui signifie amour, pour marquer que, pleins d'amour pour Dieu, les héros ne cherchent qu'à nous aider à passer de cette vie terrestre à une vie divine, et à devenir citoyens du Ciel. » Les Pères du Christianisme appellent à leur tour les saints des héros : c'est ainsi que saint Jérôme dit que le baptême est le sacerdoce des laïques, et qu'il fait de tous les chrétiens des rois et des prêtres de Dieu. Et ne sont-ce pas, en toute vérité, des héros, que ces hommes qui, domptant sans cesse les passions de leur cœur, renonçante toutes les joies du monde, même aux plus innocentes , ont réalisé en quelque sorte un sacrifice perpétuel d'expiation pour les faiblesses et les chutes de nos infimes vertus!
La solitude agrandissait ces âmes et leur enseignait, mieux que toute philosophie, les mystérieuses hauteurs où peut remonter l'humanité quand elle fait taire les bruits du monde pour remonter en silence vers les jours de l'éternelle beauté. Le don de prophétie et de sagesse, le mystère et la religion semblent résider au sein de la solitude comme dans leur sanctuaire naturel. L'immensité des espaces déserts est toute pleine de Dieu.
Avez-vous quelquefois visité ces forêts, aussi vieilles que le monde, qui couvrent encore quelques parties de la France?... Si vous vous tenez immobile, tout est muet; si vous faites un pas, tout soupire. C'est surtout vers le soir qu'il faut y prome-