‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 102 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME. 2H · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. 2H

ner son âme. La nuit s'approche, les ombres s'épaississent; on entend la bête fauve courir dans les ténèbres; la terre murmure sous nos pieds; parfois un lointain coup de foudre fait mugir le silence; la forêt s'agite, des branches tombent d'un arbre décrépit; une source inconnue gémit tout à coup à vos côtés sous des fouillis d'herbes. La lune sort lentement de ses voiles; à mesure que vous passez au pied des hautes futaies, elle semble errer devant vous et suivre tristement vos yeux. Vous êtes inquiet, agité, et comme'dans l'attente de quelque chose d'inconnu. Un plaisir inouï, une crainte ineffable, se mêlent dans votre cœur et le font palpiter, comme s'il allait s'ouvrir à quelque révélation de la Divinité. Vous êtes seul au fond d'une forêt, mais l'esprit de l'homme déborde aisément les plus vastes espaces, et toutes les soHtudes de l'univers sont moins profondes qu'une seule de ses pensées.

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Cette vie des anachorètes sur le rocher, des ermites dans les grottes des bois, des cénobites dans le monastère qu'enveloppaient de toute part l'espace vide et le Ciel, était un foyer de grandes idées que le siècle actuel ne pourrait plus supporter, tant il s'est rétréci dans les vulgarités de ses instincts.

On ne comprend plus, aujourd'hui, que, formée pour nos misères et nos besoins, la religion chrétienne avait semé dans les lieux déserts des hospices pour les maladies de l'àme et les désenchantements de la destinée, en même temps que des écoles de méditation et de génie.

Il y a des gens qui se croient esprits forts , et pour qui le seul nom de moine est un sujet de risée.

Est-ce à moi , pauvre Trappiste exilé , qu'il appartient de défendre les ruines de l'humble asile où nous ne demandions ;qu'à vivre inconnus et à mourir oubliés? Une parole plus élo-

quente que la mienne va répondre au dédain des libres penseurs qui ont proscrit les moines au nom de la liberté.

ficoutez un récit bien simple, emprunté au temps où les vieilles provinces de la France catholique n'avaient pas encore été dévastées par le dernier orage du jour.

« Qui de vous, » dit l'auteur de cette page toute parfumée des senteurs de la lande bretonne, « qui de vous n'a vu, au moins une fois en sa vie, un couple d'hommes vénérables, couverts de bure et ceints d'une corde, voyageant dans les campagnes, ordinairement vers la fête des Morts, à l'approche de l'hiver, au temps de la quête des vignes? Ils s'en allaient, demandant l'hospitalité, dans les vieux châteaux sur leur reout.

« A l'entrée de la nuit, les deux pèlerins arrivaient chez le châtelain solitaire.

« Us montaient un antique perron, mettaient leurs longs bâtons et leurs besaces derrière la porte, frappaient au portique sonore, et demandaient le repos du soir.

« Si le maître refusait ces hôtes du Seigneur, ils faisaient un profond salut, se retiraient en silence, reprenaient leurs besaces et leurs bâtons, et, secouant la poussière de leurs sandales, ils s'en allaient, à travers la nuit, chercher la cabane du laboureur.

« Si, au contraire, ils étaient reçus, après qu'on leur avait donné à laver, à la façon du temps de Jacob et d'Homère, ils venaient s'asseoir au foyer hospitalier, comme aux siècles antiques. Afin de se rendre les maîtres favorables (et parce que, comme Jésus- Christ, ils aimaient aussi les enfants), ils coaimençaient par caresser ceux de la maison ; ils leur présentaient des reliques et des images. Les enfants, qui s'étaient d'abord enfuis tout effrayés, bientôt attirés par ces merveilles, se familiarisaient jusqu'à se jouer entre les genoux des bons religieux. Le père et la mère, avec un sourire d'attendrissement, regardaient ces scènes naïves, et l'intéressant contraste de la gracieuse jeunesse de leurs enfants, et de la vieillesse chenue de leurs hôtes.

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