LIVRE SEPTIÉiME
(( Or, Ja pluie et le coup de vent des Morts battaient au dehors les hois dépouillés; les cheminées, les créneaux du château gothique ; la chouette criait sur ses faîtes.
« Auprès d'un large foyer, la famille se mettait à table ; le repas était cordial, et les manières affectueuses. La jeune demoiselle du lieu interrogeait timidement ses hôtes, qui louaient gravement sa beauté et sa modestie. Les bons pères entretenaient la famille par leurs agréables propos ; ils racontaient quelque histoire bien touchante ; car ils avaient toujours appris des choses remarquables dans leurs missions lointaines, chez les sauvages de l'Amérique, ou chez les peuples de la Tartarie. A la longue barbe de ces pères, à leur robe de l'antique Orient, à la manière dont ils étaient venus demander l'hospitalité, on se rappelait ces temps où les Thaïes et les Anacharsis voyageaient ainsi dans l'Asie et dans la Grèce.
«Après le souper du château, la dame appelait ses serviteurs, et l'on invitait un des pères à faire en commun la prière accoutumée; ensuite les deux religieux se retiraient à leur couche, en souhaitant toute sorte de prospérités à leurs hôtes.
« Le lendemain on cherchait les vieux voyageurs; mais ils s'étaient évanouis, comme ces saintes apparitions qui visitent quelquefois l'homme de bien dans sa demeure. »
Avant saint Benoît, bien peu de monastères se ralliaient sous une discipline uniforme. On possédait les règles de saint Basile, de Macaire, de Pacôme, les institutions de Cassien, les vies des anachorètes d'Egypte et de Syrie, les traditions des fondateurs et des premiers supérieurs. De tout cela Ton composa une règle dans laquelle le choix des articles dépendait de la manière de voir des abbés, du plus ou du moins de zèle des moines et de la situation particulière du couvent, et qui, par conséqueut, n'offrait, dans les divers monastères, ni assez d'u-
niformité, ni une différence assez notable pour en faire des ordres spéciaux.
Cependant la règle de saint Benoît opéra à cet égard un grand changement ; d'une part , parce que son auteui' obligeait d*abord ses disciples, en vertu d'un vœu solennel, à l'observer; de l'autre, parce qu'ayant été préférée bientôt, assez généralement, à toutes celles que l'on connaissait en Occident, elle fut adoptée, dès le principe, dans plusieurs couvents nouvellement fondés, et que peu à peu on s'en servit exclusivement dans les anciens monastères.
En éloignant les moines de tout commerce avec le monde, en les mettant à l'abri de toute tentation extérieure et de tout soin temporel, en les soumettant à la pauvreté, à l'obéissance, au travail , à la contemplation journalière et à la prière continuelle, saint Benoît se proposait de faire de véritables adorateurs de Dieu en esprit et en vérité.
Ceux qui postulaient avec humilité et constance étaient seuls y admis, et après un noviciat d'une année, ils faisaient des J vœux solennels et perpétuelsc Les prêtres eux-mêmes étaient J mis à l'épreuve , mais ils avaient le premier rang après l'abbé.
Après minuit, on chantait l'Office nocturne, et pendant le jour, on s'assemblait sept fois à l'église pour y chanter les au- J très parties de l'Office et pour y prier. Il fallait consacrer sept heures au travail qu'imposaient les supérieurs , deux à l'étude, et le reste de la journée au délassement du corps. La viande était exclue de la nourriture qui était simple, mais suffisante. Les moines devaient porter les habits alors en usage parmi les pauvres et les habitants de la campagne; nul ne possédait rien en propre ; tout , jusqu'aux vêtements, appartenait au monastère. Pour se rendre d'autant plus vite à l'église au premier signal, on couchait tout vêtu. Les peines consistaient d'abord dans la séparation des frères, ensuite dans les châtiments corporels , et enfin dans l'expulsion du couvent. Cependant , si , après avoir été expulsé, on montrait du repentir, on pouvait être accueilli de nouveau jusqu'à trois fois.