LIVRE SEPTIÈME
L'abbé était choisi par la totalité des religieux ; il nommait un prieur, qui gouvernait la communauté sous ses ordres immédiats, et un doyen qui élait préposé à la surveillance de dix moines. Dans les affaires importantes, il consultait tons les frères réunis en chapitre, mais il décidait à lui seul et sans appel. Ce système de gouvernement offrait le modèle le plus perfectionné de la démocratie sous une dictature. Quoi de plus parfait, pour réaliser l'idée démocratique que Téleclion , la dictature, et une si absolue renonciation au moi humain , que tout individualisme s'abîme et se confonde dans la communauté?
La règle de saint Benoit ne fut d'abord observée, à l'exclu^ sion de toute autre, que dans quelques monastères particuliers. Selon une ancienne tradition, c'est au monastère de Glanfeuilsur -Loire qu'elle fut introduite pour la première fois en Gaule, et ce fut saint Maur qui l'y importa. Ailleurs on lui fît seulement des emprunts, et on l'allia avec d'autres règles. Le pape Grégoire le Grand lui-même, bien qu'il en fasse l'éloge dans sa biographie de saint Benoit , ne paraît pas l'avoir adoptée, du moins complètement, pour son monastère de Saint- André à Rome; ce cloître étant destiné à être une pépinière de prêtres et de missionnaires, il voulut que l'on consacrât à l'étude le temps réservé par saint Benoît pour le travail des mains. Jusqu'au huitième siècle, on ne trouve que çà et là quelques traces d'un usage partiel de la règle bénédictine; sa grande extension et enfin sa domination universelle n'appartiennent qu'à l'époque suivante.
Le pouvoir des évêques sur les monastères ne reçut dans son ensemble aucune atteinte. Les privilèges que les évêques octroyaient à certains couvents, et que les rois et les papes confirmaient quelquefois, concernaient la libre élection de l'abbé, la protection donnée à leurs biens temporels contre toute entreprise arbitraire. LepapeAdéodat fut le premier qui, en l'an 670, accorda une exemption de la juridiction spirituelle de l'évêque au monastère de Saint-Martin à Tours, toutefois, comme il le
2i6 LES HÉROS DU CHRISTIANISME.
dit lui-même, contre la coulume et la tradition du siège de Rome, et uniquement parce que l'évêque de Tours y avait consenti de plein gré avec d'autres évoques de l'Église des Gaules.
Il y avait déjà, dans Téglise primitive, un grand nombre de vierges consacrées à Dieu. Elles demeuraient avec leurs parents, mais l'obligation dans laquelle elles étaient de garder une chasteté perpétuelle, était regardée comme inviolable, et une infraction à cet égard était, suivant Texpression de saint Cyprien, un adultère commis contre Jésus-Christ. Une tille qui désirait se consacrer à Dieu, déclarait publiquement sa résolution dans l'église, en présence de l'évêque, et faisait le vœu de chasteté; elle recevait alors des mains de l'évêque le voile distinctif des vierges. Si plus tard elle venait à se marier^ elle encourait la sentence d'excommunication, d'après un canon porté par le concile de Chalcédoine. Une loi de l'empereur Jovien menaçait de mort celui qui épouserait une vierge consacrée à Dieu. La consécration des vierges était un acte réservé à l'évêque.
Les monastères de filles sont aussi anciens que les monastères d'hommes. Dès le temps de saint Antoine et de saint Pacôme, nous voyons leurs sœurs à la tête de communautés religieuses. La règle de saint Pacôme s'appliquait également aux femmes, et les soumettait aux mêmes exercices que les hommes. Du temps de Théodoret, il y avait dans certains couvents jusqu'à deux cent cinquante religieuses, occupées la plupart du temps à filer de la laine. Dans l'Occident, ou ne cite des monastères de femmes qu'à dater de la fin du quatrième siècle. Saint Augustin, dont la sœur était supérieure d'un monastère, ébaucha une règle pour ses religieuses, d'après laquelle elles étaient dirigées par une abbesse et par un prêtre, sous la sur-