‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 106 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

n y avait , en ce temps-là , le long du Rhône , entre Arles et Avignon , une contrée toute couverte de bois qui servaient de repaire à un serpent colossal , devenu Tefïroi des environs. Ce monstre, au dire .des légendaires, était plus gros qu'un bœuf; des dents terribles armaient sa gueule de lion, et son corps, garni de nageoires, se terminait en queue de poisson. Doué de la faculté de vivre sur terre ou entre deux eaux , tantôt il dévorait les gens des campagnes, tantôt il submergeait les barques du Rhône et faisait sa proie des malheureux mariniers qu'il assaillait à l'improviste.

Marthe, la sœur de Magdeleine, qui s'était avancée à la découverte le long des rives du fleuve, ayant appris l'existence de ce fléau, rendit le courage aux habitants consternés, et leur promit leur déhvrance pourvu qu'ils voulussent renoncer à l'idolâtrie. Elle se fît pour arme une croix de bois, et s'achemina vers la retraite du monstre. Un peuple nombreux la suivait à distance, avec des lances et des épées; mais les plus braves n'eussent osé, sous la cuirasse et le bouclier, livrer bataille à l'infernal ennemi qui défiait toutes les armes.

«Restez là, » leur dit Marthe, quand on approcha des taillis où le serpent digérait ses proies humaines. « Le Seigneur Jésus-Christ me couvre de sa puissance invisible ; je n'ai rien à redouter, et vous verrez tout à l'heure qu'au nom du vrai Dieu , je lierai comme un agneau le dévastateur de votre pays. »

Au bruit des pas de la sainte femme , le monstre amphibie se souleva des hautes herbes qui lui servaient de litière, et dressant sa tête sanglante avec d'affreux mugissements, il déroula ses gigantesques anneaux pour s'élancer sur le faible adversaire qui venait au-devant de ses fureurs.

Marthe s'arrêta sans trembler, et présentant sa croix de bois au serpent, elle lui ordonna, au nom de Jésus-Christ, de se courber contre terre, et de se traîner jusqu'à ses pieds. «Horrible image du tentateur, » lui dit-elle, a il est écrit que tu dois ramper et te nourrir de terre, el que la femme des temps chrétiens te brisera la tète. Que le pouvoir ténébreux qui t'anime expire devant le signe du Sauveur! vSymbole du Maudit, sois maudit comme lui I »

Et quand ce monstre, comme foudroyé par la parole de la foi, fut arrivé jusqu'à elle avec de pénibles efforts, elle lui posa le pied sur le front, et lui passa au cou sa ceinture.

« Peuple des Gaules, » s'écria-t-elle , « glorifiez avec moi le maître éternel et unique de la nature. Cessez de prostituer vos adorations à des simulacres sans pouvoir! Le Dieu que je sers et que je vous annonce se révèle par des bienfaits; les vôtres restent sourds à vos prières et muets devant vos infortunes. Si vous ne vous rendez pas à l'évidence , de quel côté vous viendra la sagesse? »

Alors tout ce peuple s'approcha, plein de joie et de reconnaissance, pour contempler la merveilleuse victoire de Marthe. «Détruisez votre ennemi que Dieu vous a livré, » reprit la sainte, « ne craignez plus qu'il vous résiste, car sa force lui est ravie par la permission du Tout-Puissant, pour vous enseigner qu'à lui seul appartient la providence qui veille sur les hommes, et qui les délivre du mal quand ils invoquent son saint nom. »

Les guerriers tuèrent le serpent à coups de lances et à coups de pierres; puis ils emportèrent son cadavre en triomphe, en exaltant la bonté du Dieu de l'étrangère.

Sainte Marthe ne voulut point quitter le lieu où sa foi avait obtenu ce miracle. Elle s'y construisit une humble cellule, autour de laquelle d'innombrables visiteurs accoururent bientôt pour entendre sa parole apostolique. Elle y vécut de longues années, et son tombeau fut illustré par des témoignages innombrables de la puissance divine. C'est là que s'élève au-

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