LIVRE SEPTIÈME. 22 l
jourd*hui la ville de Tarascon , dont le nom, conservé de l'antique idiome gaulois, signifie lieu ténébreux et funeste, en mémoire des bois obscurs qui servaient de retraite au monstre dont sainte Marthe déliva la contrée. Ce souvenir s'est perpétué à travers les siècles, et les populations méridionales le célèbrent encore par une procession annuelle, dans laquelle on porte l'effigie d'un dragon fantastique, appelé la ïarasque.
Après avoir évangélisé la ville d'Aix, Marîe-Magdeleîne, dit la même tradition, voulut, comme sa sœur, terminer sa carrière dans la solitude. Elle choisit pour retraite une roche escarpée qui ne produisait aucune végétation; l'eau même y manquait. On ne sait comment elle y put vivre, loin de tout secours humain; et d'antiques croyances ont publié que, pendant trente années, le Ciel pourvut à ses besoins par une manne mystérieuse que lui apportaient les anges.
Les prodiges ne manquèrent pas autour de la montagne qu'habitait la sainte. On lit qu'un prêtre, qui voulait se vouer à l'existence des anachorètes, vint un jour construire sa cellule sur un tertre isolé que dominait la montagne de Magdeleine; et pendant qu'il priait, les yeux tournés vers l'asile de l'illustre pénitente, il l'aperçut tout à coup, portée par quatre anges qui la soutenaient détachée de la terre, dans la pose de l'extase.
Ce prélre, voulant s'assurer de la vérité de sa vision, résolut de gravir la montagne; mais quand il se fut approché à la distance d'un jet de pierres , ses jambes commencèrent à trembler, et son cœur fut rempli d'un effroi surnaturel. S'il essayait de reculer, il retrouvait ses forces; mais s'il tentait de faire un pas en avant, il retombait en faiblesse. « Suis-je, » se dit-il, a sous la domination d'un prestige trompeur^ ou bien l'accès
du lieu que je vois est-il iuterdit aux humains par la puissance divine?... »
Bouleversé par la crainte, et ne pouvant cependant se résoudre à garder son incertitude, il invoqua le nom de Jésus- Christ à haute voix, pour écarter l'influence des démons; puis il s*écria, les bras tendus vers la montagne mystérieuse : c( Qui que tu sois qui habites cette solitude inaccessible, je t'adjure de te faire connaître! »
Et quand il eut répété trois fois cet appel , Marie-Magdeleine, que les anges avaient doucement remise à terre avant de disparaître, s'approcha du bord du rocher, et lui dit : « Te souviens-tu d'avoir ouï l'histoire deMagdeleine la pécheresse, qui pleura sur les pieds sacrés du Sauveur, et qui reçut de sa bouche adorable le pardon de ses égarements?...
— « Je sais cela , » répondit l'anachorète , « et je sais que , depuis trente ans, cette bienheureuse créature n'existe plus sur la terre. »
Et Magdeleine répliqua : « C'est elle-même que tu vois. Je vis dans ce désert , ignorée des hommes ; j'ai dépassé l'âge de de la plus longue vieillesse sans mourir, et, par la volonté du Seigneur, j'achève de me purifier des fautes de ma jeunesse, pour être digne de lui rendre mon âme, sans qu'elle passe par les ténèbres de l'expiation qu'il faut accomplir en ce monde ou dans l'autre. Dieu t'a permis de voir ses anges qui viennent me consoler quelquefois; leur visite m'annonce que je touche au terme de mon épreuve. Va trouver l'évéque iMaximin, et dis-lui que, le lendemain de la fête de Pâques, à l'heure oii il a coutume de se lever, il entre seul dans son oratoire : il m'y trouvera transportée par les esprits célestes. »
. Le prêtre obéit avec tremblement, car il ne lui était plus possible de mettre en doute la réalité de sa vision, et le peu