LIVRE SEPTIÈME
qu'il avait entrevu dans les mystères du monde surnaturel était plus que suffisant pour effrayer l'âme d'un solitaire. Mais l'évêque Maximin reçut sa contîdence avec ravissement. « Mon frère, » lui dit-il, « bénissons ensemble le Seigneur qui t'a montré un rayon de la gloire des élus. Cette grâce est rare : elle n'est guère accordée par la miséricorde divine qu'aux âmes dont l'exil sur la terre est près de finir. Si la bonne nouvelle que tu m'apportes de ton désert n'est pas une illusion, si je revois encore une fois la pénitente de Magdalum que le Sauveur a sanctifiée, je ne me croirai plus bien loin de l'éternelle patrie; l'ange qui délie les âmes de leur captivité ici-bas ne tardera point à me visiter, et tu me suivras de près, mon frère, sur les sentiers divins. »
Le bienheureux Maximin passa en oraison toute la nuit qui précéda l'heure fixée par Magdeleine. Au point du jour, il entra dans son oratoire, pour y offrir le saint sacrifice, et il vit devant l'autel la bien-aimée de Jésus-Christ, que des anges soutenaient, comme sur sa montagne, à deux coudées au-dessus de terre ; et son visage resplendissait comme l'aurore.
a Mon Dieu ! »> s'écria le saint évêque, «votre serviteur va mourir en paix, car il lui a été donné de contempler les merveilles de votre grâce , et quand on a vu les ministres de votre toute-puissance, on ne peut plus demeurer dans les ombres de la vie mortelle! Seigneur Jésus, mon divin maître, laissez-moi venir à vous dans la splendeur des tabernacles éternels ! Sainte Marie-Magdeleine, priez pour moi, afin que j'aille avec vous où vous allez!... »
Et prosterné la face contre terre, le bienheureux Maximin inondait le pavé du sanctuaire de ces larmes pleines de douceur que répandent les élus dans l'ineffable contemplation de l'éternelle beauté.
« Prêtre de Jésus, » lui dit Magdeleine, « je n'ai pas voulu rendre ma poussière à la terre avant d'avoir reçu de tes mains sacrées le corps de mon Sauveur. Hâte-toi de célébrer les saints mystères, afin de me réunir bientôt à notre Dieu l»
La légende ajoute que, par la permission de la sainte, l*évêque Maximin appela ses prêtres, et fît ouvrir au peuple les portes de Toratoire, pour que le spectacle de cette mort bienheureuse servit à encourager les fidèles dans la foi.
Et lorsqu'il descendit de l'autel, portant avec respect le pain de la vie éternelle, pour le donner en viatique à la servante du Seigneur, Marie-Magdeleine éleva la voix devant tout le peuple, pour raconter une dernière fois à la terre les merveilles de la grâce divine; et, les mains levées vers l'autel, elle redit cette histoire touchante dont la mémoire évangélique se transmet d'âge en âge comme un parfum du Ciel :
« Quand Jésus venait de ressusciter, dans Capharnaûm , le serviteur du centurion romain, et, dans Naim, le lîls unique d'une pauvre veuve , et que l'on disait de tous côtés, en Judée : « Quel est donc ce prophète tout-puissant par qui les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, et les morts sortent du tombeau? » un docteur, de la race des pharisiens, curieux de voir de près cet homme divin qui commandait à toutes les forces de la nature , et qui n'aimait que la société des pécheurs et des infortunés, vint au-devant de lui, et le pria d'entrer dans sa maison pour y rompre le pain de l'hospitalité.
« Jésus le suivit , car il ne disait non à personne , et étant entré dans la maison du pharisien , il s'assit à sa table.
« Et, pendant que les serviteurs faisaient leur office, voilà qu'une femme pécheresse de la ville, trop connue par ses scandales, ayant appris que Jésus était à table dans la maison du pharisien, fut soudainement agitée par l'esprit du repentir.
Elle prit un vase d'albâtre , rempli de parfums précieux , et se glissant derrière Jésus j elle s'assit à ses pieds, et elle