LIVRE SEPTIÈME
commença à les arroser de ses larmes, et les essuyant avec ses cheveux, elle les embrassait et les baignait de parfums.
« Or, ie pharisien qui avait invité Jésus à sa table, voyant cela, dit en lui-même : « Si cet homme que le peuple est près d'adorer était prophète, certes il saurait quelle est cette femme qui le touche, et, sacliant que c'est une pécheresse, il la repousserait, parce que rien d'impur ne doit approcher les saints de Dieu.
((Et Jésus, lisant dans la pensée du pharisien, se tourna vers lui pour lui dire : « Simon, j'ai quelque chose à vous apprendre. »
(( Et le pharisien répondit : « Maître, parlez. »
(( Un créancier,» reprit Jésus, «avait deux débiteurs : l'un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante. Et comme ils n'avaient pas de quoi payer, il fit grâce à tous deux. Or, dites-moi , lequel des deux débiteurs aime le plus son créancier? »
(( Simon le pharisien répondit : « Je crois que c'est celui à qui le créancier a fait remise de la plus grosse dette. »
« Jésus répliqua : « Vous avez bien jugé. »
« Et se tournant vers la femme pécheresse, il dit encore à Simon : « Voyez-vous cette femme?... Je suis entré en votre maison , et vous ne m'avez point donné d'eau pour laver mes pieds : — Celle-ci est venue du dehors, elle a arrosé mes pieds de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux.-^ Vous ne m'avez point donné le baiser d'affection : mais elle, depuis qu'elle est entrée , n'a cessé de baiser mes pieds. — Vous n'avez point versé d'huile sur ma tête : mais elle a arrosé mes pieds de parfums précieux. C'est pourquoi je vous dis : (( Beaucoup de péchés lui seront remis, car elle a beaucoup aimé; et celui à qui il est moins pardonné, aime moins. »
«Puis il dit à la femme : « Vos péchés vous sont remis. »
« Et ceux qui étaient assis à la table avec Simon le pharisien recommencèrent à se dire entre eux : « Qui est donc celui-ci, qui remet ainsi les péchés? »
« Mais Jésus sans leur répondre, car il voyait la dureté de leurs cœurs , dit encore à la pécheresse : « Femme , votre foi vous a sauvée , allez en paix ! »
« Et cette femme se nommait Marie-Magdeleine , et depuis ce jour elle ne cessa plus de suivre le Sauveur. Elle fut témoin de ses miracles; elle se tint debout sous la Croix, toute inondée du sang divin ; elle pleura sur son tombeau comme elle avait pleuré sur ses pieds sacrés; elle fut la première à qui Jésus ressuscité dit : « Marie, pourquoi pleurez-vous? Allez dire à mes frères que j'ai vaincu la mort, pour donner au monde la vie éternelle!... »
c( Et depuis que le Sauveur s'est élevé dans les cieux par sa toute-puissance, j'ai vécu pour rendre témoignage à sa bonté pour les pécheurs, et à la vérité du salut promis à ceux qui l'aiment : car je suis Marie-Magdeleine, la pécheresse qui pleurait sur les pieds de Jésus, dans la maison de Simon le pharisien !
« Mon âme glorifie mon Sauveur, et mon esprit s'abîme en sa grâce adorée ! Les jours de mon pèlerinage sont finis : bienheureux Maximin , posez sur mes lèvres le sceau de la résurrection... Quand l'hostie trois fois sainte les aura effleurées, l'ange des portes éternelles cueillera mon dernier souffle , pour l'emporter au foyer de l'amour divin ! . . . b
Ainsi finit la légende de Marie-Magdeleine. Dès qu'elle eut reçu le corps du Christ et mouillé sa lèvre au calice du mystère eucharistique, elle s'endormit dans la paix des élus. Ses restes mortels, enveloppés d'aromates précieux, furent confiés au sépulcre par les mains bénies de l'évéque Maximin, qui devait aller bientôt retrouver dans le ciel sa compagne d'apostolat.
D'autres traditions, publiées par des auteurs grecs du sep-