LIVRE SEPTIÈME
tième siècle et des siècles suivants, disent qu après Tascension de Jésus-Christ, sainte Marie-Magdeleine avait accompagné la Vierge Marie et saint Jean l'Èvangéliste à Éphèse ; qu'elle mourut dans cette ville et qu'elle y fut enterrée. C'est aussi le sentiment de Modestus, patriarche de Jérusalem, qui vivait au commencement du dixième siècle; de saint Grégoire et de saint Guillebaud. Ce dernier hagiographe, dans la relation de son voyage à Jérusalem, dit qu'il \'it à Éphèse le tombeau de sainte Magdeleine. L'empereur Léon le Philosophe fît transporter, dit-on, les reliques de la sainte, d'Éphèse à Constantinople,vers l'an 890, et les déposa dans l'église de Saint- Lazare. Mais les chroniques religieuses qui veulent que Marie-Magdeleine ait terminé ses jours en Provence, ne sont pas moins respectables, et comme le jugement de l'Église romaine n'a point tranché ces opinions contraires par une décision souveraine , j'ai pris plaisir à vous mettre sous les yeux , dans l'œuvre du pieux archevêque Jacques de Voragine, un monument du Christianisme tout plein de la ferveur enthousiaste des grands siècles de la Foi.
Cette œuvre merveilleuse , Tune des productions les plus répandues et les plus goûtées au moyen âge, l'expression la plus naïve et la plus sincère des croyances d'une époque déjà si loin de nous , n'avait pas reparu depuis trois siècles en langue vulgaire; et cependant, lorsqu'en étudiant avec le zèle curieux de l'antiquaire les cryptes littéraires du passé , on ouvre ce dépôt des sentiments de tout un monde, l'on y trouve une double qualité dont notre âge, voué au doute stérile et à la critique [Sans base, est bien désnérité : la foi de l'homme qui croit ce qu'il raconte, et la foi des auditeurs qui croient ce qu'ils entendent.
Un écrivain philosophe , François de Neufchâteau , a dit de la Légende de Jacques de Voragine, qu'il serait possible que son auteur n'eût voulu composer que des contes moraux , et (s'il est permis d'employer cette expression) des romans mystiaues ; il ajoute qu'en relisant sous ce point de vue quelques-
uns de ses récits, on voit qu'ils ont parfois toute la finesse du l'allégorie, et parfois tout le sel de la satire.
Sans contester la justesse d'une partie de cette observation , je ne crois pas que semblable intention ait guidé la plume du vénérable archevêque de Gênes. Il a réuni un grand nombre de faits qu'il trouvait épars dans une foule de chroniques ou de biographies pieuses, bien antérieures au temps où il écrivait, et dont les sources sont connues de tous les chrétiens un peu instruits de leur histoire religieuse. Il n'a donné nulle carrière à son imagination; il n'a prétendu qu'à compiler un ouvrage qui dispensât de recourir à une multitude d'autres livres. Sa crédulité peut quelquefois nous paraître excessive; mais si on le consulte avec attention, l'on reconnaît bien vite qu'il n'adopte pas sans examen tout ce qu'il trouve dans les auteurs qu'il reproduit; il nous avertit de temps en temps, que telle narration des plus merveilleuses ne repose que sur l'autorité d'un livre apocryphe, et que telle ou telle circonstance doit être l'objet d*une incertitude assez fondée.
Ajoutons aussi que, dans la légende deVoragine, il existe un grand nombre de récits dont le but évident est d'inculquer le principe divin de la charité, la résignation, la pureté de mœurs. Quand l'effet de tous ces récits n'aurait enfanté qu'un seul acte de vertu , leur inspiration ne serait-elle pas justifiée?
LXXYll
Dans les monastères, dans les châteaux, dans les veillées de la chaumière, on hsait avidement le légendaire, souvent illustré d'images peintes par des artistes voyageurs. A tout l'attrait du drame le plus vivement conduit, le plus mêlé d'incidents, la chronique des héros de la sohtude mêlait une intervention formidable pour le lecteur et l'auditoire. A chaque page apparaissait le Diable, déguisé sous quelque nouvelle forme, pour jouer des tours inouïs aux plus fervents serviteurs de Dieu ; le