LIVRE SIXIÈME
Los Pietés , aceoutumés à combattre en désordre , et à vaincre par la seule supériorité du nombre, s'avancèrent sans défiance jusqu'à portée de trait. Saint Loup conduisait tranquillement l'avant-garde bretonne , en priant de toute son âme pour la victoire des chrétiens, lorsque le bouillant saint Germain, voyant le moment favorable de faire tourner l'ennemi par son embuscade, chanta d'une voix tonnante V alléluia, qui devait être le signal de la charge. Assaillis de deux côtés à la fois, les Pietés se crurent enveloppés par deux armées. Une terreur panique les saisit; ils jettèrent leurs armes et prirent la fuite comme un troupeau de moutons effarés. Cette victoire ne coûta pas une goutte de sang aux Bretons; les deux évêques, bénissant Dieu du double succès de leur mission, ramenèrent leur troupe au bercail sacré, et repassèrent dans les Gaules sans se douter qu'ils étaient des héros, sans se souvenir qu'ils venaient d'arracher un peuple à l'extermination.
Boniface vaincu, mais justifié devant Placidie par la découverte du complot d'Aëtius, fut accueilU à la cour avec tous les honneurs qui pouvaient le consoler. Il arrivait à temps pour se venger d'un odieux rival. La dignité de patrice et le commandement suprême des armées de l'Empire lui furent donnés comme une preuve de l'oubli du passé. « Je vous confie l'avenir de mon fils! » s'écria l'impératrice en le revoyant ; « la fortune de Rome n'a plus rien à redouter, puisque vous m'êtes rendu ! »
Placidie se trompait. Boniface, vaincu par les Barbares, était comme un aigle atteint d'une flèche mortelle ; l'aigle se débat encore; il peut de son bec acéré et de sa serre tranchante faire au chasseur une large blessure, mais il expire dans ce dernier effort, en enfonçant plus avant le trait qui le déchire.
En apprenant la nouvelle fortune du rival qu'il n'avait pu abattre, Aëtius qui parcourait les Gaules en triomphateur, fon-
dit sur l'Italie avec une nuée de Barbares; l'Empire, épuisé de Romains, était réduit à prendre ses ennemis du dehors pour auxiliaires de ses guerres civiles. Boniface ramassa les mêmes armes pour disputer en champ clos sa vengeance ou sa ruine.
Ces deux hommes, dont l'union eût pu sauver l'État, mais qui ne pouvaient plus se rapprocher que dans la mort, coururent l'un au-devant de l'autre avec une rage égale. Aëtius fut vaincu, mais Boniface, qui l'avait joint, glaive à glaive, dans le pêlemêle de la bataille, fut rapporté mourant.
On dit que sur le lit funèbre où il allait s'éteindre, ce grand capitaine, ne songeant plus qu'à délier son âme des misérables passions de ce monde, pardonna en chrétien à l'ennemi qui lui donnait le trépas après avoir essayé de lui ôter l'honneur. Par une suprême magnanimité que réveillaient en lui les malheurs de la patrie, il conjura sa femme Pélagia, riche Espagnole et d'une rare beauté, de faire offrir à Aëtius ses trésors et sa main, pour gage de réconciliation.
Placidie pleura sa perte, en lui donnant pour successeur l'homme de qui elle avait tout à craindre, ce même Aëtius qu'elle avait osé proscrire, et qu'elle était réduite à regagner pour ne point laisser aux Barbares un chef qui connaissait trop sa faiblesse.
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Les Huns, les Franks, les Hérules, les Sarmates aimaient dans Aëtius ce caractère aventureux qui les maniait comme ses propres soldats pour les jeter tantôt sur les Bourguignons , tantôt sur les Visigoths, tantôt sur les Gaulois eux-mêmes. Il avait sans cesse des prétextes pour agiter la guerre; son dessein secret ne tendait qu'à l'empire: il eût accepté la pourpre de toute main , mais il n'osait la ravir : c'est l'étrangeté de son ambition.
Valentinien lïl, atteignant sa dix-neuvième année, venait