‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 111 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Diable, dont le moyen âge , comme nous le verrons plus tard, était si préoccupé, et qu'il détestait avec tant de frayeur. Mais aussi, dans toutes les légendes, l'éternel ennemi de l'Humanité était toujours vaincu par la protection de quelque grand saint, et le dénouement consolateur encourageait les fidèles à dompter les assauts de leurs passions.

Les épisodes miraculeux dont fourmillent les légendes ont exercé un tel empire, sur les esprits chrétiens , depuis les temps primitifs jusque bien avant dans le moyen âge, qu'ils donnaient toute la latitude possible à la tolérance dont l'Église usait à l'égard de ces recueils; et le troupeau de l'évêque se croyait frustré d'une de ses plus douces jouissances, quand, par exemple, le clerc chargé du sermon ne racontait pas, du haut de la chaire, le Protévangile attribué à saint Jacques le Majeur, ou celui de la nativité de la Vierge immaculée.

Ces légendes, souvent écloses au fond des Catacombes, parcoururent successivement le monde ; elles formaient le cortège poétique des graves leçons de l'apostolat. Gonstantinople était suspendue aux lèvres éloquentes de saint Jean Ghrysostome, quand il semait de ses fleurs merveilleuses les textes les plus austères de ses puissantes homélies. Saint Jean Damascène les consacrait de la double autorité de son génie et de sa vertu ; c'est le Père de l'Église qui a le plus multiplié ces traditions dans ses discours sur la Mère du Sauveur; on lisait, dans tout l'Orient, le jour de l'Assomption , une de ses homélies qui racontait les détails de la bienheureuse mort de Marie, tels que je les ai recueillis aux mêmes sources légendaires.

Le plus célèbre évéque de Sardes, Méliton, qui vivait au deuxième siècle, et qui adressa une splendide apologie du Christianisme à l'empereur Marc-Aurèle, émaillait de légendes toutes ses prédications. Le pape Innocent I", comme je vous l'ai dit ailleurs , consacra cet usage par son auguste exemple, que précédait celui des auteurs primitifs de notre histoire ecclésiastique, Eusèbe, Eutrope ,Nicéphore, Suidas Orose, Sozomène, souvent cités dans le cours de mes autres récits.

De quelle émotion le simple fidèle n'était-il point saisi, quand il entendait raconter qu'à l'exemple du Sauveur luimême, tenté au désert par l'ange du péché, les plus saints pasteurs des âmes n'étaient pas exempts des pièges tendus par la puissance infernale? Or, la chronique légendaire ne se bornait point à retracer les assauts livrés à la pureté des anachorètes les plus fameux ; il lui fallait d'autres exemples , tout à fait voisins des gens du monde ; et ces exemples, elle allait les choisir dans les hautes sphères du sacerdoce. Quel chrétien pourrait se croire à l'abri d'une chute, en voyant les pontifes exposés comme lui-même, malgré leur divin ministère, aux plus infimes faiblesses de la fragile Humanité?

Écoutons encore Jacques de Voragine, à qui j'emprunte une histoire entre mille.

LXXYlll

Un évêque qui menait pieuse vie , avait pour l'apôtre saint André une vénération toute particulière , et il écrivait en tête de toutes ses œuvres cette formule d'hommage : « En l'honneur de Dieu et de saint André, )y

Or, voilà qu'après de longues années de vertu, Satan qui tournait sans cesse autour de lui pour le surprendre, imagina un piège dont il crut que, cette fois, le saint évêque ne se défendrait pas.

Il se déguisa sous la forme d'une femme d'une merveilleuse beauté, et s'enveloppant d'un long voile, il vint à la maison épiscopale, et demanda qu'il lui fût permis de parler secrètement à l'évêque, pour lui faire une révélation de la plus grave importance.

Cet évêque, à l'imitation de saint Augustin, s'était fait une loi de ne parler aux femmes que dans les cas d'absolue nécessité. 11 ordonna de conduire celle-ci à son pénitencier, qui

Page 1