LIVRE SEPTIÊ^nR
avait reçu de lui plein pouvoir pour entendre, sous le sceau de la confession, les plus secrets aveux.
Mais la femme inconnue s'y refusait avec larmes, protestant qu'elle ne pouvait confier qu'à l'évêque le fardeau dont son cœur était chargé. « S'il ne consent pas à m'écouter, » disaitelle, « je serai forcée de me retirer, mais le Dieu tout-puissant sera juge de sa dureté.
« Elle a raison, » dit l'évêque, «je ne puis me dispenser de l'accueillir, si elle persiste à solliciter ma présence. Le Dieu tout-puissant veillera sur mes regards pour éloigner de mon esprit jusqu'à l'ombre de la tentation. »
Quand la femme inconnue fut introduite dans Toratoire épiscopal, elle s'agenouilla aux pieds du saint pasteur et lui dit : « Vénérable père des fidèles , j'implore votre charité. Vous voyez en moi une jeune lille de grande naissance. Mes parents sont idolâtres, mais ma nourrice, qui était chrétienne, m'a enseigné ce qu'elle savait de votre divine religion et j'avais formé dans mon âme le vœu secret de me consacrer à une perpétuelle virginité. Mon père a voulu me donner en mariage à un homme élevé en dignités ; sur mon refus dont je n'osais lui révéler le motif, de peur d'éprouver sa colère, il m'a enfermée dans l'ergastuk des esclaves, en me menaçant des plus terribles châtiments si je ne me rendais pas à sa volonté. J'ai feint de lui promettre une entière obéissance, pour obtenir ma liberté; puis, confiant à Dieu le soin de me protéger, j'ai pris la fuite, sans savoir où je trouverais un asile. En arrivant dans cette ville toute pleine de la renommée de vos vertus , je suis accourue me réfugier sous vos ailes , avec l'espoir de trouver auprès de vous protection contre mes persécuteurs, et une retraite où je puisse m'appliquer aux saintes pratiques de la vie contemplative. Si cette faveur ne m'était pas accordée, vous répondriez devant Dieu de tous les malheurs qui peuvent m'atteindre , et le plus irréparable de ces malheurs ne serait-il pas le sacrifice violent de m? virginité que j'avais vouée au Seigneur?,.. »
Le pieux évêque, admirant dans une si belle personne tant de ferveur unie à une exquise distinction, lui répondit avec douceur : «Rassurez-vous, ma fille; votre saint espoir ne sera point déçu. Le Dieu pour qui vous avez sacrifié toutes les vanités de la terre ne vous laissera point sans récompense. Il n'est pas convenable que la maison d'un évêque soit la demeure d'une femme, mais il est de mon devoir de vous y offrir un asile respectable, jusqu'à ce que j'aie fait choix pour vous d'une communauté oii vous trouviez le calme et la sûreté dont vous avez besoin. Restez donc ici, sous ma protection et sous celle de mes prêtres; mes serviteurs seront les vôtres, et aujourd'hui vous prendrez vos repas à ma table.
— « Non, mon père, » reprit la femme inconnue, « je ne reposerai point sous votre toit, et je ne prendrai point place à votre table. Envoyez moi sur-le-champ dans le lieu qu'il vous plaira, car si je restais ici, le monde est si méchant que votre réputation pourrait en souffrir ; et je ne veux pas que votre pitié devant mon infortune soit un prétexte pour la calomnie.
— c( Ne craignez rien, » répliqua l'évêque ; « en vous offrant une hospitalité chrétienne, à la vue et au milieu des personnes qui m'entourent, je ne commets pas même une imprudence; Dieu nous voit : c est un témoin dont je ne me cache jamais.
— « Nous verrons bien, » se dit le diable en souriant sous son voile féminin.
A la tombée de la nuit, toutes les personnes dont se composait la maison de l'évêque se rangèrent autour de la table. L'étrangère fut placée en face du vénérable pasteur, et les autres à droite et à gauche, selon leur office ou leur rang.
Et voilà que, malgré lui, le saint évêque ne pouvait détourner ses regards de la belle fille dont il s'était déclaré si chiétiennement le protecteur; et à force de la contempler, il ne