‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 113 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

put se défendre d'une pensée coupable, et il se disait en luimême : c< Cette belle créature n'est peut-être point ce qu'elle se prétend; c'est peut-être une femme éprise de moi, et qui a eu recours à un stratagème pour s'approcher de moi sans obstacle. Ses regards s'enflamment sous son voile de vierge ; ils pénètrent dans mon âme et y allument l'incendie des funestes désirs... Si ma faiblesse arrive jusqu'à consommer le péché dont la tentation me sollicite, faisons que Dieu seul connaisse mon secret, et sa miséricorde infinie ne me laissera pas sans pardon. »

Ainsi le démon de la luxure lui avait déjà fait commettre le péché d'intention. Le premier pas franchi sur le chemin du mal allait-il l'entraîner à une irréparable violation de la pureté sacerdotale?...

Comme sa vertu expirante soutenait dans son cœur une dernière lutte contre les séductions de l'esprit tentateur, voilà que trois coups violents furent frappés à la porte de la maison épiscopale.

Un serviteur de l'évêque prit un flambeau et alla voir ce que c'était. Il revint bientôt dire qu'un étranger, en habit de voyage, demandait à être introduit sur-le-champ, et s'obstinait à ne point remettre sa visite à une autre heure. à — (( Si c'est un pauvre, » dit l'évêque, « portez lui ce qu'il y a de meilleur sur cette table , et conduisez-le en un lieu où il puisse se reposer. Je lui parlerai demain. »

Et voilà que trois coups furent frappés de nouveau , avec une force qui fît pâlir les convives.

Le serviteur courut à la porte pour engager encore une fois l'impatient visiteur à ne point troubler le repos de la maison épiscopale, puis il revint dire au prélat : « Seigneur, cet étranger n'est pas un pauvre; il parle avec hauteur, et dit que

si l'on ne consent pas à le recevoir de bonne grâce , il s'ouvrira passage comme la foudre. »

Tous les assistants étaient pleins de trouble. «. Ma fille, » dit l'évêque à la jeune femme inconnue, « je crains fort que l'homme qui s'annonce en maître pour pénétrer dans ma maison , ne soit votre père lui-même , ou le mari que vous avez fui pour vous consacrer à Dieu. Quoi qu'il en soit, j'ai promis de vous protéger contre toute violence, mais à la manière dont on procède pour vous ressaisir, je n'entrevois guère le moyen de vous dérober au pouvoir qui vous poursuit. »

Et voilà que des coups redoublés ébranlaient encore le seuil de la maison épiscopale. « Ouvrez, » criait une voix tonnante; « ouvrez, ou cette porte va voler en éclats!... »

— « Ma fille, » dit l'évêque, « Dieu seul peut nous secourir, si cette audacieuse visite nous menace d'un péril. Armez-vous de courage, nous nous rangerons tous devant vous, et si c'est votre père qui vous réclame, nous apaiserons sa colère.

— « Ce n'est point la voix de mon père, ni celle de l'homme que j'ai refusé pour époux, » reprit la jeune femme. « 11 n'y a donc pas lieu de s'inquiéter pour moi. Mais cette homme est peut-être un fou échappé de l'hospice. Faites lui poser une question, ei, s'il y répond avec calme, on pourra le recevoir pour lui demander compte de son étrange façon d'exif/er l'hospitalité. Si sa réponse est absurde, il faudra se sai?iir de lui comme d'un être dangereux et le mettre hors d'état de nuire, jusqu'à ce que l'on découvre d'oii il vient. »

T^us les assistants applaudirent à celte idée.

<f Mais quelle question poserai-je? » dit l'évêque.

• — « Faites demander, » répondit la jeune femme, « ce que Dieu a créé de plus admirable dans un petit espace? »

Et l'étranger, auquel un serviteur porta cette question , répondit : «C'est l'infinie diversité des visages; car, parmi tant d'hommes qui ont existé depuis le commencement du monde, ou qui existeront jusqu'à la fin des siècles, il ne s'en rencontrera pas deux dont les traits offrent une similitude parfaite ;

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