LIVRE SEPTIÈME
et sur la plus petite figure Dieu a placé les organes des sens les plus précieux. Allez dire maintenant au seigneur évêque que je ne suis pas fou, comme il le suppose, et que je le prie de me faire entrer sans délai. »
Uévêque allait donner cet ordre, mais la jeune femme le retint. « Vénérable père, » lui dit-elle, « permettez qu'une seconde question soit posée, afin de vous assurer que la rectitude de la première réponse n'est pas le fruit du hasard. Ordonnez que Ton demande à cet homme en quel lieu la terre est plus élevée que le ciel ?. . . »
L'évêque ordonna, et l'étranger répondit au serviteur chargé de l'interroger : « C'est dans le ciel que, depuis sa divine ascension, réside le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Notre chair a été faite de la substance de la terre ; le corps de Jésus-Christ qui s'est fait notre chair provient donc de la terre, et il est alors certain que là où réside ce corps adorable , la terre est plus élevée que le ciel. — Allez dire maintenant au seigneur évêque que la rectitude de mes réponses n'est point le fruit du hasard, et qu'il se hâte de me faire entrer pour que je lui apprenne ce qu'il ignore... »
Et quand cette réponse fut rapportée au saint pasteur, on vit pâlir la jeune femme inconnue, et elle parut en proie à une vive souffrance.
— « Qu'avez-yous? » lui dirent les assistants; « vous savez donc maintenant quel est cet homme dont les paroles nous semblent au-dessus de l'inteHigence humaine?»
— « Seigneur évêque, » répondit la jeune femme, « je ne le sais pas encore, mais une troisième question va me le révéler. Demandez-lui quelle distance il y a de la terre jusqu'au ciel. »
L'évèque ordonna, et l'étranger répondit au serviteur chargé
de l'interroger : « Va trouver la personne qui a posé cette question, et dis-lui d'y répondre elle-même; car elle a parcouru l'espace qui sépare le ciel de la terre, lorsqu'elle a été précipitée du ciel dans l'abîme ; et moi, je n'ai jamais parcouru cet espace. Va donc dire au seigneur évêque que ce n'est pas une femme qui est là-bas devant lui, mais Satan!... »
Le serviteur revint tremblant de tous ses membres; en rentrant dans la salle où se trouvait l'évéque, il se couvrit du signe de la Croix, et aussitôt la femme fantastique disparut comme une fumée légère.
Tous les témoins de cette scène, frappés d'une religieuse terreur, tombèrent à genoux, pendant que le serviteur répétait la réponse du mystérieux étranger.
Le pieux évêque, rentré en lui-même, fondit en larmes en pensant à la faute qu'il avait commise dans son cœur. « Courez, » s'écria-t-ii « amenez-moi le saint envoyé du Ciel qui nous a sauvés des pièges de l'enfer : ange ou homme, qu'il reçoive nos actions de grâce pour les offrir à l'Éternel !... »
On se hâta d'obéir, mais l'étranger avait aussi disparu. Les serviteurs de la maison épiscopale coururent après lui de tous côtés, mais on ne le retrouva point.
L'évéque, entouré de ses prêtres, passa toute la nuit en prières, en demandant à Dieu avec ferveur de lui révéler à quel saint il était redevable de cette merveille de la miséricorde suprême. 11 s'endormit au milieu de son oraison , et l'apôtre saint André lui apparut en songe, pour lui annoncer la rémission de son péché en récompense de ses larmes et des vertus de sa vie.
Mais si le diable était habile à surprendre les cœurs qui, par grâce d'état , semblaient devoir être le mieux armés contre ses prestiges les plus imprévus, la légende venait aussi révéler com-