LIVRE SEPTIÈME
ment les toutes puissantes inspirations de la miséricorde divine lui arrachaient, de haute lutte, les victimes dont il se croyait le plus assuré.
En voici un exemple, qui est tout un drame, Gt qui peut servir de pendant à la charmante histoire de Marie l'Égyptienne.
On lit dans la Vie des Pères du Désert, que Thaïs fut une courtisane d'Alexandrie, dont les scandales égalaient la merveilleuse beauté. Les jeunes gens les plus riches de cette cité aussi fameuse par la corruption de ses mœurs que par ses écoles de hautes études, s'étaient ruinés pour paver d'or le palais où la trop célèbre Égyptienne tenait sa cour. Plusieurs d'entre eux, outrés du mépris qu'elle leur jetait après les avoir dépouillés, s'étaient donné la mort, les uns par désespoir d'amour, les autres par honte de leur dégradation. Chaque jour éclairait dans Alexandrie quelque malheur occasionné par cette nouvelle Gircé, qui frappait de démence les adorateurs de ses vices.
Cependant, au milieu de ses égarements, Tâme de Thaïs avait gardé une vertu qui fait beaucoup pardonner. La grande pécheresse ne passait jamais devant un pauvre sans le secourir et sans lui demander qu'il priât Dieu pour elle. Par un étrange contraste, la fille perdue qui jetait des fortunes entières au creuset des orgies, allait de temps en temps, en secret et sans se laisser connaître , verser de l'or et des larmes dans le sein des infortunes qui se cachent.
Or, Celui qui a dit qu'un simple verre d'eau donné par charité ne restera pas sans récompense, abaissa tout à coup sur îliais un regard de miséricorde.
Saint Paphnuce, l'un des saints de la Thébaïde, reçut en songe l'ordre d'aller chercher, au nom du Bon Pasteur, cette brebis près de périr au fond de l'abîme ouvert par le démon de la débauche.
Paphnuce, dit la légende de Jacques de Voragine, trouva près de lui en s'éveillant, un habit séculier et une bourse d'or.
« — Va trouver Thaïs, wlui dit une voix intérieure, «et quand tu seras en sa présence, l'Esprit qui te conduit, te dictera les choses qu'il faut dire. »
Le saint obéit. Il arriva dans Alexandrie vers le soir, et fit annoncer à Thaïs qu'un riche étranger, venu de lointains pays, demandait à être introduit chez elle sans être vu, et lui offrirait des présents d'un prix infini.
« — Voilà un bizarre voyageur ! » s'écria Thaïs. « Tout ce qu'il y a de noble et de riche parmi les Alexandrins , met son orgueil à venir en plein jour assiéger ma porte, et un étranger que personne ne connaît a besoin de tant de mystère pour apporter son hommage à ma renommée ? Allons, faites entrer, à la nuit close, avec toutes les précautions convenables, ce visiteur qui m'arrive sans doute du pays des merveilles. Je brûle de voir ce qu'il appelle des présents d'un prix infmi; l'homme qui se croit plus riche que Thaïs doit être un curieux personnage. »
Mais , comme cet homme mystérieux pouvait être aussi un audacieux voleur, la courtisane fit cacher ses esclaves armés, pour la secourir au premier signal.
Paphnuce fut introduit dans une salle magnifique, où resplendissaient, aux clartés de cent flambeaux de cire odorante, les plus ravissants chefs-d'œuvre des arts.
Sur un lit d'ivoire incrusté d'or, la reine des débauches d'Alexandrie foulait des coussins de pourpre. Les riches étoffés de l'Inde et de la Perse ondulaient à flots soveux sur ses formes de marbre. Un bandeau de pierreries moins étincelantes que ses regards ceignait son front. Jamais l'ange du péché n'avait pris des traits si séduisants pour tenter la vertu d'un serviteur de Dieu.
Quand Paphnuce parut devant elle, avec une gravité silen-