‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 116 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

cieuse et recueillie, Thaïs ne put se défendre d'un profond tressaillement qui ressemblait à de la peur. Que voulait d'elle cet inconnu dont les traits austères ne savaient point sourire, et dont le coup d'œil pénétrant tombait sur elle comme un reproche?

Elle se leva raide et pale, comme un automate qui cède à la pression d'un ressort d'acier : « — Étranger, » lui dit-elle en frissonnant, « que veux-tu de moi ? »

— « Pourquoi trembler? » dit Paphnuce ; « toi qu'on nomme fille de joie , ne serais-tu donc qu'une fille de douleur?... J'arrive de bien loin pour te voir, et je t'apporte le secret d'être heureuse, car tu ne l'es point, Thaïs. Je le savais avant d'entrer ici , et maintenant je le lis dans la fièvre de ton regard. Sous la joie, l'or et les pierreries qui encadrent ta beauté, ton cœur est malade. Le parfum de tes fêtes s'est changé en poison ; tu cherches autour de toi les enchantements de l'amour, et tu n'as trouvé que la désillusion qui mène au désespoir : . . . Ai-je dit vrai ? . . .

— «Peut-être... Mais qui donc es-tu , pour venir me tenir un pareil langage ? Est-ce là le présent d'un prix infini que tu m'as fait annoncer ?»

Paphnuce tira de dessous son manteau un petit coffre en bois de cyprès , et le montrant à Thaïs : « Femme, » lui dit-il , « je ne mentirai pas à ma promesse ; ce coffre coutient le don que je te destine ; mais je ne veux acheter ta beauté que dans un appartement plus secret.

— « Viens donc, » reprit la courtisane ; « tu n'as pas vu toutes les richesses de la maison de Thaïs ; tu seras moins fier de ton mystérieux trésor, quand tu auras compté tous ceux que je possède et que je daigne à peine regarder. »

Et marchant devant Paphnuce, elle le fit entrer dans plusieurs salles, plus spleiidides les unes que les autres ; et au seuil de chacune elle s'arrêtait, pour lui dire avec un sourire ironique : « Opulent voyageur, est-ce ici que tu veux acheter Thaïs ? P

Et Paphnuce lui répondait : « Allons plus loin ; j'ai peur d'être aperçu.

— « Personne avant toi, » reprit la courtisane, « n'a pénétré jusqu'ici. Ces nfiurailles ne laissent percer aucun bruit. Mais si c'est Dieu que tu crains, il n'y a rien de caché pour ses regards.

— « Tu crois donc en Dieu ? » s'écria Paphnuce.

— « Pourquoi pas ? ma raison me le révèle , et mon cœur le cherche parfois, mais je ne sais plus le trouver.

— « Pauvre femme ! et si Dieu venait à toi , le repousserais-tu ?

— « Silence ! » dit Thaïs en frémissant ; « ne prononce plus ici le nom de Dieu ! ne me rappelle point que j'étais chrétienne : à quoi cela servirait-il ?...

— « A te sauver ! ... » s'écria Paphnuce ; « car voici le présent que Dieu t'envoie ! . . . »

Et déposant son coffret aux pieds de l'Égyptienne , il l'ouvrit

Le cotTret contenait un crâne desséché.

Thaïs recula en poussant un cri d'effroi.

« Pourquoi cette frayeur? » dit Paphnuce. « Pourquoi ne peux-tu contempler sans pâlir l'image de ce que tu seras un jour, un peu de cendre mêlée à la poussière de la terre ? A quoi te serviront alors les richesses que tu paies de ta honte, et que deviendra ton âme?... Tu crois en Dieu, et tu ne songes pas au compte qui sera exigé de toi pour tous les malheureux que tu as poussés au suicide, après les avoir entraînés dans l'abîme de tes fautes ! Ne sens-tu pas au fond de ton cœur que la voix de ces âmes perdues par toi s'élèvera pour t'accuser, et qu'auras-tu à répondre pour te justifier ?. . .

(( Si ces âmes sont perdues, » dit Thaïs toute tremblante,

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