LIVRE SEPTIÈME. Uî
« comment pourrais-je espérer le pardon de Dieu ? Laisse-moi dans l'abîme, et va-t'en ? Pourquoi troubler les heures d'oubli de moi-même qui m'appartiennent encore ici-bas?.. .
— « Les mystères de la justice divine sont impénétrables aux regards mortels, » répondit Paphnuce ; « mais l'Esprit qui m'amène du fond de la ïhébaïde pour éveiller le remords dans ta conscience, n'est pas un esprit de mensonge; il m'envoie l'appeler au nom du Bon Pasteur. Je te trouve dans l'abime, comme la brebis égarée de l'Évangile ; je t'emporterai vers les prés divins où jaillissent les eaux vives de l'expiation. Après avoir eu le coarage de faire le mal, n'auras-tu pas celui de le pleurer devant le Père qui ouvre son sein à tous les repentirs? »
La puissance du Christianisme est tout entière dans l'émotion du cœur. Le solitaire avait fait vibrer chez Thaïs la fibre des larmes, et les larmes du cœur sont comme un second baptême que donne la pénitence. Vaincue par la grâce, l'Égyptienne s'agenouilla devant le saint du désert : « J'irai, » ditelle, « partout où tu voudras me conduire. Je sais qu'il y a, loin des villes, des sociétés de femmes pieuses qui se sont vouées à Dieu ; mais leur paisible retraite ne s'ouvrira point devant la pécheresse Thaïs : mon approche y ferait entrer la souillure et la malédiction.
— « Femme, tu as donc oublié cette révélation sacrée du Sauveur, qu'il y a plus de joie dans le ciel pour l'arrivée d'un pé« cheur pénitent que pour celle de quatre-vingt-dix-neuf justes?., . Les saintes du désert seront tes sœurs ; elles prieront sur tes larmes , et elles les clTriront au Dieu de miséricorde , dans le calice de leurs vertus ! . . . »