LIVRE SEPTIÈME
trône lumineux autour duquel étaient debout trois \ierges resplendissantes ; naais il n'y avait personne sur le trône.
Le disciple, sortant de cette extase, raconta ce qu'il avait vu, en ajoutant que c'était sans doute un emblème de la gloire céleste réservée à Antoine, le patriarche de la solitude. Mais aussitôt une voix mystérieuse qui semblait venir des nues prononça ces paroles : « Le trône que tu as vu est préparé pour Thaïs, parce que ses pleurs l'ont sanctifiée devant Dieu. Les vierges qui entouraient Je trône, sont l'Aumône qui a retiré Thaïs du péché par les prières des pauvres ; la Repentance, qui lui a mérité sa grâce ; et l'Humilité qui lui a rendu sa robe d'innocence. »
Paphnuce retourna plein de joie au monastère ; il fit abattre le mur qui fermait la cellule de Thaïs, et lui dit : « Sors, ma fille, de ce lieu de souffrance, et viens l'asseoir parmi tes sœurs du désert, car le Sauveur a effacé tes péchés. »
Mais Thaïs lui répondit en pleurant : « Depuis que je suis ici , j'ai réuni comme en un tas toutes les souillures de ma vie, et je n'ai cessé de les laver avec mes larmes. S'il est vrai que Dieu m'ait déjà pardonné, il me reste à pleurer encore sur la chute des âmes que j'ai perdues par mes scandales. »
Elle mourut, quinze jours après, consumée par le repentir, et son dernier soupir s'exhala dans une prière en faveur des compagnons de ses fautes : « Source infinie de miséricorde et d'amour, » murmurait-elle vers Dieu en expirant, « pardonnez-leur le mal dont j'étais la cause , ou permettez que je souffre encore pendant des siècles, pour obtenir qu'ils bénissent avec moi votre clémence pendant l'éternité ! »
En regard de cette héroïne de la pénitence, voulez-vous contempler une héroïne de l'humilité silencieuse, qui met sa joie à souffrir le mépris des hommes, pour être une lointaine ima^e
de ia patience de Jésus-Christ , et pour réaliser cette parole : c( Que celui qui m*aime véritablement, prenne sa croix sur ses épaules, et vienne mouiller sa lèvre à mon calice d'affliction? »
Le légendaire vous racontera l'histoire de Marguerite.
Marguerite, qui prit le nom de Pelage dans les annales monastiques, était une fille de haute naissance, que ses parents avaient élevée dans l'amour de toutes les vertus. Quand vint pour elle le temps du mariage, elle se soumit par obéissance aux vœux de sa famille, et accepta la main d*un jeune homme dont l'illustration égalait la sienne.
Les deux familles se réunirent pour célébrer les noces avec une pompe presque royale. A l'issue du festin , quand la vierge fut conduite dans la maison de l'époux, elle demanda qu'il lui fût permis de rester seule une nuit, pour se recueillir dans la prière avant d'effeuiller la blanche couronne de ses jeunes années.
Sa religieuse demande fut exaucée. Des parents et un mari chrétiens pouvaient-ils ne pas respecter ce testament de la virginité, qui rappelait la sainte pudeur des noces bibliques, au temps des patriarches ?
Marguerite, seule à seule avec Dieu, dans le mystérieux silence de la méditation, ouvrit les écritures sacrées, et son regard tomba sur ce passage de l'Apocalypse : « Bienheureux les vierges! ce sont eux qui suivent l'Agneau de Dieu partout où il va; ils sont rachetés d'entre les hommes, comme les prémices consacrées à TÉternel. »
Et ces lignes s'illuminèrent aux yeux de Marguerite comme des caractères de feu , et il lui sembla qu'elle entendait dans un doux lointain l'écho du cantique que les vierges chantent sans cesse avec les anges devant le trône de Dieu. Elle crut ouïr une voix surnaturelle qui lui disait : « Marguerite, pierre précieuse ae la céleste Jérusalem, détache-toi de l'écrin des fêtes de la terre ; sensitive des jardins sacrés, ferme aux regards des hommes ta corole virginale : viens fleurir aux rayons du soleil sans fin, dans l'éternel épanouissement du bonheur \ »