LIVRE SEPTIÈME
Et l'harmonie ravissante que verse à flots dans les profondeurs de l'âme le chœur des pensées divines, élevait peu à peu IVÏarguerite au-dessus des pâles réahtés de la vie terrestre, pour l'emporter dans les solitudes étoilées au fond desquelles s'ouvrent les portes du Ciel.
« Je vais à vous, mon Dieu, » disait-elle, « attirez-moi sur vos sentiers! Une heure passée à l'écart , dans la contemplation de vos mystères, vaut mieux que des siècles de siècles dans les fêtes bruyantes des heureux de la terre ! J'irai au désert, me souvenir de vous loin de ceux qui vous oublient ; j'irai attendre que l'éternel bien-aimé se souvienne de sa servante et m'introduise dans le temple où s'accomplissent les noces des âmes vierges avec l'Esprit trois fois saint. Anges gardiens des routes divines, couvrez-moi d'une ombre qui me rende invisible ; abaissez devant moi toutes barrières ; menez-moi par la main jusqu'à l'asile ignoré qui sera le lieu de mon repos !... »
Et tout à coup, sous l'empire de l'émotion croissante qui s'emparait de tout son être, elle sacrifia la splendide chevelure qui décorait sa beauté ; et quand le dernier anneau fut tombé sous le fer, elle trouva devant elle un vêtement d'homme, en étoffe grossière, sans savoir par qui ce vêtement avait pu être apporté dans sa chambre close. Elle le prit comme un don du ciel , et dès que son déguisement fut achevé , les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes sur son passage,
LXXXVJT
Marguerite, sortie de la maison nuptiale au milieu de la nuit, sans qu'aucun serviteur se fût éveillé au bruit de ses pas, se trouvait enveloppée d'une épaisse brume qui ajoutait aux ténèbres son voile impénétrable. Elle ne savait de quel côté se diriger dans l'espace inconnu, lorscpj'une étoile, brillante comme le regard mystérieux d'un messager divin, perça l'obscurité, et par son doux balancement l'invitait à la suivre.
Cette étoile guida Marguerite jusque bien loin de la ville, et quand l'aube éclairant les deux rappela les hommes sur les voies du travail quotidien, la vierge fugitive remarqua que les passants se croisaient avec elle en chemin sans la voir. Après une marche pénible elle arriva, vers le milieu du jour, dans une vallée profonde sur laquelle se penchaient des ombrages séculaires.
Il y avait dans cette vallée un humble bâtiment surmonté d'une croix : c'était l'asile d'une petite communauté de solitaires. On ouvrit à la jeune voyageuse avec la charité qui reconnaît des frères dans tout ce qui passe et qui souffre. Quand Marguerite eut repris des forces, grâce aux soins empressés de l'hospitalité chrétienne, elle demanda la faveur d'être admise parmi les religieux.
Son costume d'homme et la coupe de ses cheveux trompaient tous les regards ; mais l'on ne pouvait se défendre d'une vive compassion en voyant la pâleur de son visage délicat et la fragilité de sa stature. « Vous êtes bien frêle, mon fils, pour embrasser une vie aussi dure que la nôtre , » lui dit l'abbé des solitaires ; « et nous sommes trop pauvres pour admettre parmi nous un nouveau frère qui serait bien vite incapable de supporter nos fatigues. »
— « Père, » lui dit Marguerite, « si vous me condamnez à aller plus loin, je succomberai peut-être au bord d'un chemin; mais si vous m'accueillez, Dieu qui m'envoie ne permettra pas que je vous sois un fardeau. »
— « Mais encore, » reprit l'abbé, « faut-il que je sache d'où vous venez et qui vous êtes. Les règles de la sainte Église ne permettent point l'entrée des monastères aux enfants, sans le consentement des personnes qui ont autorité sur eux ; et vous ne paraissez pas avoir atteint l'âge qui autorise à disposer de soi-même. Ne me demandez point de faillir à mes devoirs...
— « Et vous. Père, » dit Marguerite, « avez-vous oublié cette divine parole : « Laissez venir à moi les enfants? » Je viens à Dieu, chargé d'un secret que lui seul connaît, et con-