‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 124 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME. Î · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. Î

Les solitaires et Tabbé , pleins de trouble , unirent toutes leurs forces pour abattre en un clin d'œil la porte murée de la cellule.

Quand elle fut tombée , une blanche colombe s'échappa de rintérieur; elle portait à son bec une tige de lis en fleur et prit son vol vers les cieux.

Marguerite était couchée sur la terre, la face tournée vers l'Orient, et les bras étendus en croix. Un sourire ineffable glissait encore sur ses lèvres enti'ou vertes qui venaient de laisser échapper son âme.

« Mes frères, » dit l'abbé , « si nous ne sommes pas le jouet d'un prestige, ce ne sera point assez de toutes nos larmes pour effacer le souvenir de notre dureté. A Témolion qui déchire mon cœur, je sens que nous sommes devant les restes d'une sainte I II ne nous est pas permis de toucher au cadavre de notre sœur bienlieureuse ; que l'un de vous aille au plus vite porter cette nouvelle au monastère des vierges, afin que les servantes du Seigneur viennent vérifier cette révélation. »

Les vierges dont le frère Pelage avait été Téconome, vinrent en procession reconnaître le corps sacré de Marguerite

Et quand elles eurent rendu témoignage à cette héroïne de l'innocence, les deux monastères se réunirent pour la transporter avec respect dans l'église des femmes. Son visage angélique, ceint de la couronne virginale, resta longtemps découvert devant l'autel, et tous les fidèles de la contrée accoururent avec l'évêque, pour verser des larmes et des fleurs sur le tombeau de la sainte que le Dieu des vertus avait gloritîée.

fîn cueillant cette marguerite des prés légendaires, ne confondez pas son nom avec celui de la sainte d'Antioche qui fut martyre sous la persécution dioclétienne.

Marguerite d'Antioche, dont les reliques sont honorées à

Monte Fiascone, en Toscane, et qui fut livrée par son propre père aux bourreaux du paganisme, n'a pas manqué d'historiens pour raconter les épouvantables détails des tortures que lui fît subir la férocité des idolâtres romains. Menacée des derniers outrages par la hideuse luxure du gouverneur d'Antioche, Olybrius, mais défendue contre ce monstre par la majesté de la pudeur, elle épuisa l'atrocité des suppHces: fouets garnis de plomb, peignes tranchants, ongles de fer, tenailles et torches ardentes, avant de tendre la tète au glaive qui acheva ses souffrances.

Il y a dans les actes officiels des martyrs une gravité généralement sobre de détails ; ils constatent la terreur des temps de persécution, mais ils n'analysent point, comme le chroniqueur légendaire, les sensations de chaque fibre du supplicié. Si vous voulez un exemple de ces derniers tableaux, ouvrez avec moi l'histoire de saint Jacques Ylntercis (ou le découpé).

Vous avez contemplé le martyre dans la légalité romaine; vous allez le voir dans Tétrangeté des mœurs barbares.

Jacques de Beth-Lapeta vivait, au commencement du cinquième siècle, à la cour d' Yesdedgerd , roi de Perse. C'était un homme riche et puissant, favori du souverain, et destiné, par sa naissance autant que par ses serviceÊ, à monter au faîte de la fortune.

Lorsqu'à l'instigation des mages, adorateurs du feu, le roi Yesdedgerd proscrivit le Christianisme dans toute l'étendue de ses États, en vouant aux bourreaux tous les convertis qui refuseraient d'apostasier, Jacques de Beth-Lapeta ne put résister au spectacle des cruautés déployées contre les martyrs , et pour conserver la faveur du prince, il courut au-devant de l'abjuration.

Page 1