‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 125 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

En apprenant celte nouvelle, sa mère et sa sœur, profondément affligées, se séparèrent de lui^ et lui écrivirent du lieu de leur retraite une lettre pleine de reproches: « Poui plaire à un mortel tu as trahi ta foi ! pour ne point perdre des richesses fugitives, tu as sacrifié le trésor de l'éternelle vérité, menti à ta conscience, et déserté le chemin de l'honneur! Si tu ne rentres pas en toi-même pour expier ta dégradation, renonce à la mère et à ta sœur: car en reniant le Père céleste, tu as renié aussi ta famille terrestre, et nous serons séparés à jamais par le jugement de Dieu. Mais si tu confesses ta faute devant les hommes avec le courage qui convient à un chrétien repentant, nous nous unirons à ton généreux sacrifice, pour oûtenir que le Tout-Puissant te reçoive en grâce et te doraie la force de lui rendre témoignage. »

Jacques sentit dans son cœur l'aiguillon du remords ; il pleura sur la lettre de sa mère et de sa sœur, et se dépouillant aussitôt de ses dignités, il quitta la cour sans cacher le motif de cette résolution.

C'était en 421 . Le fils d'Yesdedgerd,Varann , venait de monter sur le trône paternel. Élevé par les m.ages, il était tout entier sous leur influence et continuait avec une nouvelle activité la persécution dirigée contre les chrétiens. L'exemple offerl par Jacques de Belh-Lapeta avait trop d'éclat pour demeurer impuni ; c'était presque un acte de rébellion contre les décrets royaux. Varann le fit poursuivre et ramener devant lui. « Qu'astii fait?» lui dit-il avec colère. «Est-ce en abandonnant mon* service que tu crois honorer la mémoire de mon père qui t'avait comblé de tous les bienfaits qu'un sujet peut espérer?... Viens offrir, en ma présence et en présence de tout le peuple, de l'encens au Soleil, ou prépare-toi à mourir !...

— « Mourir! » s'écria Jacques, « c'est le plus grand bonheur qui puisse m'arriver, pourvu que mon Dieu, le créateur unique du ciel et de la terre, daigne m'accorder le pardon de mon apostasie, et permettre que j'expire en chrétien!

— a Malheureux ! » reprit le roi, « comment oses-tu dire

que la mort est un bonlieur, tandis que les plus puissants princes ne redoutent rien tant que son approche ?

— « Je ne la crains point, dit Jacques, parce que ma foi m'enseigne que le sépulcre n'est qu'un passage au delà duquel s'ouvrent les portes de la vie éternelle.

— « Je vais te mettre aux prises avec la douleur, pour te forcer à démentir ta folie. Sacrifie sur l'heure, et je te pardonnerai ; si tu refuses , tu seras haché par morceaux , et nous verrons si ton Dieu te prête la force de braver longtemps le tranchant du fer.

— « Seigneur-roi, » dit Jacques, «je ne suis pas digne de la glorieuse couronne des héros de la foi chrétienne, car j'ai odieusement violé les serments de mon baptême. Mais plus mon indignité est grande, plus profond est le sentiment de ma bassesse, plus j'espère en la miséricorde divine. Aucune force ne peut exister dans un pécheur tel que moi ; j'ai perdu par ma faute le droit de souffrir pour glorifier le nom de mon Dieu ; mais je crois que ce Dieu sauveur ne permettra point que sa gloire soit ternie par ma faiblesse. Appelle tes bourreaux ; je vais invoquer Jésus-Christ ! ... »

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Sur un signe de Varann , Jacques fut enchaîné par les quatre membres à des piquets.

Un billot fut apporté. L'exécuteur y fixa la main droite du martyr, et trancha le pouce.

« C'est bien ! » dit Jacques sans pousser un cri; « lorsqu'on cultive la vigne, on abat le sarment, afin que le cep produise davantage.

— c(Tu es un homme courageux» s'écria Varann; « pourquoi te perdre inutilement? Reconnais ton erreur, et tu seras épargné : j'ai de savants médecins qui pourront te guérir, et je te ferai plus grand et p^us riche que mon père ne t'avait fait.

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