LIVRE SEPTIÈME
— « Seigneur-roi j » reprit Jacques, « mon trésor est dans le Ciel, et je l'ai retrouvé. Dieu m'a déjà pardonné, car je n'ai point tressailli sous la morsure du fer. N'as-tu jamais observé le rejeton de la vigne? Les parties qui ont été taillées reprennent les sucs de la terre et produisent de nouvelles branches; il en est de même du chrétien ; il est bon que le fer le mutile, pour qu'il porte tous ses fruits. »
Alors le bourreau lui coupa un autre doigt, et Jacques dit : « Recevez, ô Jésus, mon Sauveur, ces deux rameaux de la vigne que vous avez plantée ! »
A la chute du troisième doigt, il ajouta: « En offrant pour les péchés de ma vie ce troisième sacrifice, je prie le Père, le Fils et le Saint-Esprit de m'ouvrir le sein de l'éternelle miséricorde. »
Le quatrième doigt tomba : «Dieu d'Israël, » s'écria Jacques, « soyez béni dans tous les siècles, pour la quatrième grâce que vous accordez à votre indigne serviteur !... »
Et quand le cinquième doigt de la main droite fut détaché, le martyr dit : « Ma joie est entière, car le Tout-Puissant est l'armure de ma faiblesse. »
Varann s'agitait sur son trône avec une impatience convulsive devant ce sanglant spectacle. « Quelle étrange folie ! » s'écriait-il, « possède donc cet homme, et le rend plus fort que la douleur?... Jacques, Jacques, n'auras-tu pas pitié de toimême, quand ton roi s'attendrit sur ton sort?... Pauvre mutilé, je t'admire! ne renonce pas à la vie: il y a d'illustres guerriers qui ont perdu une main sur le champ de bataille, et qui peuvent encore être heureux , parce que la reconnaissance du prince qu'ils ont servi leur prodigue plus d'or qu'ils n'ont versé de sang. Jacques de Beth-Lapeta, cesse de lutter contre moi; ne me prive point d'un héroïque sujet; soumets ton orgueil à ma toute-puissance, et tu vivras honoré, tu marcheras encore le premier du royaume après moi !.*. »
Jacques répondit: « Quand les pasteurs tondent les troupeaux, jamais ils ne tondent le côté droit seulement, refais
égarée, j*ai déchiré ma toison aux ronces de Tabîme : Varann, prends-en les restes ! . . . »
— « Ah ! c*en est trop ? » s'écria le roi de Perse. « Tu veux mourir? Meurs donc, mais je veux que tu savoures minute pai minute toutes les angoisses de la plus affreuse agonie! Je veux que ton dernier soupir reste enchaîné sur tes lèvres , jusqu*à ce que ma vengeance dise: C'est assez !.., »
XCITT
Le second acte de l'horrible drame commença.
Les bourreaux ressaisirent la victime, pour ne plus quitter que ses lambeaux. La main gauche fut liée sur le billot ; le petit doigt fut scié avec un couteau ébréché qui mâchait la chair et broyait les nerfs.
Cette douleur est ineffable ; elle va tordre à leur foyer les fibres de la vie. Jacques de Beth-Lapeta se replia sur lui-même dans les contractions d'une souffrance qui absorbait ses forces.
« Arrêtez! » s'écria le roi Varann ; « il est vaincu ! Son Dieu l'abandonne!... »
Mais ce défi jeté au Ciel ramena l'héroïque mutilé du fond de sa défaillance. Les couleuro de la vie ressuscitèrent comme un éclair sur son pâle visage ; sa voix se ranima dans cette prière : « Ne permettez pas, ô mon Dieu, que l'infidèle vous accuse d'avoir délaissé votre serviteur! Jésus, mon Sauveur, qui avez daigné revêtir les faiblesses de notre humanité, soutenez par votre vertu divine le corps et l'âme que vous avez créés et rachetés ! . . . »
Varann n'en pouvait croire le témoignage de ses yeux. Il écumait de rage devant ce prodige de constance qui lui imprimait au front la flétrissure des tyrans avec le sceau de l'impuissance. Le tigre asiatique flaira le sang de sa proie et le voulut tout entier : « Plus de pitié ! » s*écria-t-il ; a torturez fibre à