LIVRE HUITIÈME
LES FRAXKS CHRETIENS
Quand Rome découronnée eut mis sa vieille gloire au tombeau, elle monta lentement sur les sept collines augustales, et, de là, promenant autour de l'horizon un regard inspiré, Bile se transfigura , pour \ivre sa vie nouvelle , plus grande par son mystère qu'elle n'avait été par ses grandeurs évanouies.
L'immortalité de la conquête chrétienne se déroula devant îUe , à travers les âges à venir, et elle s'agenouilla sur l'ossuaire ies martyrs, pour recevoir du pape Simplicius, quarante-sep » iième successeur de saint Pierre, le sacre de l'empire spirituel [lont elle est le trône immuable.
Rome païenne avait été, par la force, le lien universel des lations; Rome chrétienne devient, par l'amour, le lien universel des esprits.
Véritable Église mère incessamment fécondée par le soufQe 3ivin, elle enfante désormais tous les peuples à la vie éternelle.
C'est une admirable épopée que l'histoire de cette Église qui produit à chaque siècle, des institutions en rapport avec les besoins ou les périls qui la pressent :
Ordres mendiants, pour prêcher et développer les premiers germes de la fraternité évangéliqiie ;
Ordres savants, pour défricher les champs de Tintelligence, à l'aide de cette charrue où s*attelèrent tant de générations de travailleurs inconnus ;
Ordres militaires, pour défendre la chrétienté par le fer, chaque fois qu'elle sera menacée ;
Conciles, pour formuler en lois la morale religieuse;
Croisades, pour abolir les derniers restes de l'antique servitude , en conduisant tous les chrétiens couverts du signe de la Croix, sans distinction de nobles et de plébéiens, de grands et de petits, à la délivrance des lieux consacrés par la vie du Rédempteur ;
Missions, pour propager jusqu'aux confins de l'univers l'effusion de tous les germes civilisateurs, et pour créer la fusion de toutes les races modernes au sein de l'unité reUgieuse.
Mais au prix de quels efforts et de quelles douleurs s'accomplit ce magnifique enfantement des bienfaits que le Christianisme étend sur nous de siècle en siècle?
Voilà l'immense tableau que je vais peindre.
Depuis l'écroulement de l'empire d'Occident, toute l'Italie obéissait aux Hérules; mais vous avez vu que leur chef Odoacre, y trouvant une administration civile toute faite, s'était borné au rôle de recevoir l'impôt qu'elle lui payait, et de la maintenir dans l'obéissance.
Il y avait cinq races dans les Gaules.
Les Visigoths occupaient toutes les régions situées entre la rive droite du Rhône, la Loire, l'Océan et les Pyrénées.
Les Bourguignons, ou Burgondes, descendus vers le Midi, avaient pour limites la rive gauche du Rhône, les Alpes, le Jura et les Vosges. .
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Les Kymris, venus de la Grande-Bretagne, d'où les Saxons [es avaient expulsés, labouraient l'Armorique, Bretagne actuelle.
Les Franks, possesseurs de la Gaule Belgique, tendaient la main aux peuplades de même origine qui campaient sur le Rhin.
Les Bomains, en petit nombre, que n'avait pas atteints la conquête d'Odoacre, gardaient une ombre d'indépendance derrière quelques villes fortifiées, entre la Seine, l'Oise et la Loire.
Au delà des Pyrénées, 'toute l'Espagne, moins la Galice que tenaient les Suèves, avait subi, province par province, le joug des Yisigoths.
En Afrique, les Vandales régnaient depuis l'océan Atlantique jusqu'à la Cyrénaïque; Carthage était toujours leur capitale. La Sicile, la Sardaigne, la Corse, les îles Baléares leur payaient tribut, et leurs flottes audacieuses accaparaient l'empire de la Méditerranée.
La Grande-Bretagne, mal contenue par le faible Honorius, avait chassé les garnisons romaines. Ses habitants indigènes avaient d'abord conservé la partie méridionale. Attaqués par les montagnards de l'Ecosse, ils appelèrent du continent le secours des Saxons et payèrent cet appui par des concessions de terre. Les Saxons, à leur tour, d'auxiliaires se firent conquérants, et, séparés par un bras de mer des événements qui agitaient l'Europe , ils formèrent un puissant royaume.
Enfin la Germanie, qui avait versé tant d'invasions sur le m'onde romain, demeurait le foyer peu connu de puissantes agglomérations barbares, Hérules, Gépides, Ostrogoths, Allamans, Frisons, Angles, Juthongues, Suèves, Thuringiens, qui conservaient, avec la mémoire d'Attila, des instincls ravageurs que la lourde épée de Charlemagne devait seule écraser.
Voilà l'état de l'Occident.
En Orient , Constantinople semblait destinée par la Providence à servir de barrière aux nouvelles invasions de l'Asie, afin de donner à la civilisation de l'Europe le temps de se for-
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mer. Mais, en même temps, foyer d'hérésies sans cesse renaissantes, elle s'acheminait , par la corruption des mœurs , a une rupture définitive avec FÉghse catholique, et, par l'incapacité de ses princes, à l'anéantissement des lumières et à une servitude qui dure encore sous le joug de ses barbares conquérants.
Au dernier cri jeté dans Thisloire par l'aigle des Césars, répond, au seuil des vieilles Gaules, l'écho sourd d'un coup de hache qu'on dirait asséné par une main de géant.
Quel est cet homme fort dont un mouvement fait tressaillir les ruines de l'empire d'Occident ?
C'est un jeune Frank à flottante chevelure, qui sort à peine de l'adolescence. Il est de noble souche, car son aïeul, Mérovée, a occis beaucoup de Huns aux champs Catalauniques : Mérovée, l'allié des Romains par poh tique, mais dont le coup d'œil d'aigle devenait rêveur, quand sa pensée, soudainement illuminée, cherchait à ûxev, sous les voiles de l'avenir, les destins réservés à sa race.
Childéric, fils de Mérovée, fort aux orgies comme aux batailles, était grand ravisseur de filles vierges; il avait payé de huit ans d'exil le luxe de ses débauches. La tribu Franke, en son dépit , s'était donné pour chef de guerre iEgidius, un des préfets que Rome entretenait dans les Gaules. Cet JEgidius, à défaut d'illustration personnelle, se piquait fort de mépriser les Barbares. Maltraités par ce roi d'emprunt, les Franks avaient regretté Childéric, et Childéric secrètement averti du retour de sa fortune , était accouru du fond de la Thuringe , avec sa hache d'armes pour trésor. Il avait expié ses fautes, d'abord par le malheur, et ensuite par la gloire. Salué par les Franks comme un libérateur, il avait enfermé iËgidius dans Soissons, après lui avoir pris Trêves, Cologne, Metz, Beauvais et Paris.
iEgidius, mourant de chagrin , laissait à son fils Syagrius le