‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 135 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

lance. Pour être digne de la gloire, et pour mériter qu'elle croisse avec tes années, ne mêle pas aux fruits de la conquête Tenlèvement des calices sacrés qui servent aux mystères des chrétiens. Le dieu qu'adorent les chrétiens est le vrai Dieu des armées : lui refuseras-tu l'hommage que je viens réclamer en son nom?...

Le jeune chef contemplait avec surprise ce vieillard vénérable qui n'avait pas craint de risquer ses jours au milieu des désordres d'une prise d'assaut, pour imposer à l'ivresse d'un farouche triomphe le respect des droits d'un dieu inconnu. N'était-ce pas un fait merveilleux que cette autorité supérieure à toute appréhension humaine, qui s'en venait protester par un envoyé désarmé contre le pillage d'une église, changer les lois de la conquête, et briser à ses pieds le droit des spoliateurs ?

« Je ne connais point ton dieu, » dit le Frank, mais si, comme tu me l'annonces , il protège les hommes courageux , il est juste de l'honorer en lui restituant sa part du butin de la guerre. Reconnais ce qui lui appartient, et prie-le , en retour, de m'être toujours favorable. »

Il fallait ressaisir dans la masse commune tous les objets consacrés au culte. Un calice d'or, d'un grand prix, avait été apporté par un des plus braves compagnons du jeune chef. Ce rude Frank entendait peu de chose aux ménagements qu'il convenait d'avoir pour le dieu des vaincus. «Donne, si tu le veux, ce que le sort aura mis en ton pouvoir quand les partages seront faits, » dit-il au chef de guerre ; '< quant à moi , je ne cède rien de ce qui peut entrer dans mon lot. J'ai mis la main sur ce vase d'or dans Soissons : j'en veux ma part !... »

Et d'un coup de sa framée, il le brise en s'écriant :« Les morceaux sont à tous! le vase n'est à personne!... »

Les Franks témoins de cette scène y applaudirent par un sauvage murmure. Égalité dans le péril, égalité dans le gain, voilà le principe que venait de consacrer ce coup de framée contre un abus du pouvoir délégué à un seul homme par ses égaux.

Le jeune chef rougit et se tut. Mais, à peu de temps de là, passant la revue de sa troupe batailleuse, il s'arrête devant le hardi défenseur des coutumes nationales : « Tu es mal armé, » lui dit-il, « le fer de ta hache est rouillé comme l'outil d'un serf! »

Et, d'un geste rapide comme l'éclair, il arrache l'arme de ses mains et la jette à terre.

Le Frank hurle de fureur et se baisse pour la ramasser. Le jeune chef, reculant d'un pas, décharge la sienne sur sa tête, avec tant de violence que du casque fendu la cervelle jaillit.

Une clameur menaçante s'élève des rangs... — « Silence! » s'écrie le chef de guerre, dont le regard étincelle. « C'est ainsi qu'il a brisé le vase d'or, à Soissonsl... »

Ce jeune chef des Franks, il est temps de le nommer : c'est le fils de Childéric et de Basine, c'est Clovis.

Au dire de tous les historiens, Libanius, Salvien, Vopiscus, Procope, Agathias, Susèbe, Nazaire, Sidoine ApolHnaire, les Franks étaient la race la plus terrible, la plus féroce, la plus indomptable antre toutes les races germaniques. « Vous pouvez avoir un Frank pour ami , » écrivait Éginhard , secrétaire de Charlemagne, « mais ne l'ayez jamais pour voisin! »

Cependant, quelle que fut la sauvagerie de leur naturel, ils subissaient l'irrésistible ascendant de la bravoure. L'action de Clovis révélait une audace inouïe dans un guerrier de vingt ans à peine ; son sang-froid devant la colère de sa horde était plus surprenant que son action ; il fut , dès cet instant , le maître de tous les esprits et de tous les bras. Son génie fit le reste.

Battant rapidement la monnaie de sa victoire de Soissons, il enleva aux Romains les villes de Reims, Provins, Sens, Troyes, Châlons, Auicrre,avec tout leur territoire. Le fils

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