LIVRE HUITIÈME
d'iEgidius s'étant réfugié à Toulouse, Clovis somma le roi des Visigoths, Alaricll, de lui livrer ce dernier vaincu de Rome, et Alaric n*osa lui refuser cette tête.
Les temps qui suivent sont obscurs; nous ne les connaissons que par des chroniques confuses, pleines du fracas des armes. Toute la vie de Clovis n'est qu'un combat; mais on sent, à travers le pêle-mêle des événements barbares, que la Providence qui sème partout des victoires devant ce chef de six mille aventuriers, laboure par ses mains le champ d'une civilisation qui va naître. Toutes les régions du nord de la Gaule, jusqu'à la Loire, se soumettent, presque sans coup férir, à ses conquêtes précipitées; l'homme devant qui viennent de fuir les derniers soldats romains, pourrait-il être arrêté par les Gaulois? Les Franks attachèrent les vaincus à la glèbe; leurs mains dédaignaient de cultiver le sol qu'elles avaient fauché par l'épée.
La renommée des succès de Clovis avait ses échos dans les forêts germaines. A mesure qu'il avançait, des bandes nouvelles passaient le Rhin, pour occuper l'espace qu'il avait laissé vide. Cologne, Térouane, Cambrai, le Mans deviennent des centres d'établissement, dont les chefs, ses parents, reconnurent sa domination et renforcèrent sa puissance.
Arrivé sur les bords de la Loire, il trouvait devant lui deux imposantes barrières : les Bourguignons à l'Orient, et les Visigoths au Couchant, qui se reliaient au Midi par les gorges des Pyrénées.
Se faire un allié du plus faible de ces deux ennemis, pour le tourner contre l'autre, c'était une pohtique naturelle; ce fut celle de Clovis. Le moyen qu'il imagina ressemble à une réminiscence des temps d'Homère.
VU
Les voyageurs sont les échos des merveilles du monde. La beauté de Clotilde, nièce de Gondebald , roi des Bourguignons,
était la merveille du cinquième siècle; sa renommée fleurissait dans les Gaules, aussi loin que pouvaient s'étendre les récits des routiers. Clovis s'éprit d'ardente passion pour cette princesse étrangère, dont l'alliance pouvait accroître sa fortune conquérante. Mais il ne voulait pas risquer un refus.
A quel confident s'adressera-t-il pour négocier ses fiançailles? Les Franks sont trop rudes pour deviser d'amour ; ne prendraient-ils pas en pitié la faiblesse de leur jeune chef de guerre, s'il s'arrêtait sur la route des batailles pour s'attendrir auprès d'une fleur solitaire que la chevauchée germaine écraserait en courant?...
Clovis, comme ses compagnons d'aventures, ne connaît que les dieux de la conquête. Il ne sait pas, l'homme de fer, que le Tout-Puissant l'a choisi pour être l'instrument de ses desseins, et que Clotilde , la nièce de Gondebald , sera pour moitié dans l'œuvre providentielle qui va s'accomplir. Il veut posséder Clotilde parce qu'elle est belle entre toutes les filles des Barbares; il veut surtout que ce mariage lui donne les clés de la Gaule méridionale.
Il y avait alors auprès du chef des Franks un Gaulois député par les populations qui demandaient la paix. Les chroniques le nomment Aurélien. C'était peut-être un de ces riches marchands qui voyageaient de ville en ville comme les rois de l'industrie. Il avait beaucoup vu, beaucoup appris, beaucoup retenu.
« Gaulois, » lui dit Clovis, « as-tu vu dans tes courses loin* taines la fille du frère du roi des Bourguignons ?
— c( Le roi Gondebald, » répond Aurélien, « a deux nièces^ Clotilde et Sœdeleuba ; toutes deux sont beUes autant que leur oncle est puissant ; mais la beauté de Clotilde efface la beauté de sa sœur, comme l'éclat du soleil efface celui des étoiles.
— « Gaulois, » reprend Clovis, « je veux que Clotilde soit ma femme; et si le roi Gondebald ose me la refuser, j'irai avec mes Franks prendre toute sa terre , et je le traiterai comme j'ai traité Syagrius, le Romain qui me résistait dans Soissons, dans