LIVRE HUITIÈME
Reims, dans Troyes, dans Âuxerre. Veux-tu te charger d'aller porter mes paroles au roi Gondebald ? Tu seras richement récompensé.
— « Seigneur, » dit Aurélien, « ne croyez-vous pas qu'il convienne de demander la main de Clotilde à Clotilde ellemême? Comment le roi Gondebald pourrait-il vous refuser, si Clotilde venait lui dire : — J'ai reçu la foi du grand chef des Franks, et je lui ai donné la mienne?
— « Tu parles bien „ » dit Clovis ; a prends cet anneau , porte-le à Clotilde, et, si elle l'accepte, je te ferai puissant dans la Gaule.
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II fallait user d'adresse pour remplir cette mission de confiance , et parvenir jusqu'à Clotilde sans exciter les soupçons du roi Gondebald.
Les Bourguignons étaient chrétiens en grand nombre; ils pratiquaient, à la lettre, l'hospitalité primitive envers les pauvres voyageurs , et les grands ne se dispensaient pas plus de ce devoir charitable que les derniers d'entre le peuple. Auréhen se déguisa en pèlerin , et portant sur son dos une besace au bout d'un bâton , il s'en vint à pied jusqu'à Genève, où le roi Gondebald tenait sa cour.
En arrivant aux portes de la maison royale , il vit Clotilde et Sœdeleuba qui lavaient humblement les pieds des pauvres. Il alla s'asseoir un peu à l'écart, comme un homme accablé de lassitude, et presque aussitôt Clotilde, l'ayant aperçu , vint avec un bassin de cuivre lui rendre le même service.
« Fille du sang des rois, » lui dit Aurélien, « que le Seigneur éternel te bénisse et te récompense ! Avant que peu de jours soient écoulés, je verrai sur ton beau front la couronne due à tes vertus!
— « Étranger, » répondit Clotilde , « je suis fille du sang des
rois, mais je suis aussi orpheline; il n*y a de couronne pour moi que dans le Ciel.
— «Écoute, » reprit Aurélien en s'inclinant \'ers la jeune princesse pour n*être entendu que d'elle seule, «j'ai une grande nouvelle à t'annoncer, mais il faudrait que je pusse te parler sans témoins.
— « Je ne parle à l'écart à aucun homme, » dit Clotilde, « et que peux-tu avoir à m'annoncer que je doive seule ouïr?. . .
— « Sache donc , » répliqua Aurélien , « que je viens au nom de Clovis, fils de Childéric, fils de Mérovée, chef de la nation des Franks. Clovis est jeune, courageux et puissant au combat; il a vaincu tous ses ennemis; il possède de grandes terres et des villes nombreuses sur lesquelles il règne par l'épée; il m'envoie te chercher pour que tu sois la reine des Franks ; et, pour preuve que ma parole est véritable, voici l'anneau de Clovis. »
Clotilde tressaillit; une vive rougeur illumina son visage. « Dieu s'est donc souvenu de mes malheurs! » dit-elle à Aurélien. «Va dire à celui qui t'envoie que j'accepte sa foi. Mais je ne puis quitter ma race comme une fugitive. Il faut que Clovis se hâte d'envoyer au frère de mon père des députés qui représentent sa puissance, et quand ils seront venus, je les suivrai.
— « ïa volonté sera faite , » reprit Aurélien ; « mais si tu crois à mes paroles , confie-moi ton anneau d'or, comme je t'ai confié l'anneau de Clovis, afin que je rapporte à mon maître un signe auquel il reconnaisse que j'ai obéi. »
Les deux anneaux furent échangés , et Clotilde y joignit cent sous d'or pour gratifier le messager de sa bonne nouvelle.
Aurélien se remit en route , mais , dans la joie de son succès, il s'enivra avec un Bourguignon.
Celui-ci le laissa couché dans un fossé du chemin , et s'enfuil