LIVRE HUITIÈME
en lui volant sa besace de pèlerin , qui contenait les sous d'or avec l'anneau de Clotilde.
A son réveil , Aurélien , désespéré , revint à Genève pour y chercher son voleur, et le retrouvant ivre à son tour et nanti des objets volés , il le fit arrêter. L'anneau de Clotilde emporté dans la besace d'un pèlerin , c'était là un étrange mystère dont le roi Gondebald fut instruit. Aurélien raconta ce qui s'était passé.
— « Si tu as menti j » dit le roi, «je te ferai pendre.
— c< Et si j'ai dit vrai , » s'écria Aurélien , « que me ferezvous?»
Gondebald ne répondit point; mais ses traits étaient sombres.
Pendant que ces choses se passaient, Clovis, impatient du retard de son messager, voulut terminer l'aventure. Il dépêcha l'élite de ses compagnons de bataille pour aller demander Clotilde ou déclarer la guerre.
Le roi des Bourguignons trouva le procédé un peu vif.
« Votre chef est bien orgueilleux, » dit-il aux guerriers franks ; « croit-il boire le sang des Bourguignons comme une coupe de vin du Rhin ?
— « Notre chef , » répondit l'ambassadeur de Clovis , « ne sait pas faire de longs discours; il dit : Je veux, et l'on obéit. Nous ne buvons pas le sang des vaincus, mais nous en arrosons les chemins de la guerre, pour abattre la poussière que fait lever le pied de nos chevaux. »
Gondebald n'était pas accoutumé à ce langage ; il donna Clotilde et demanda la paix.
Mais le cortège frank n'était pas encore loin avec la jeune fiancée, quand arriva de Marseille à Genève un certain Aridius, favori de Gondebald.
« Qu'avez- vous fait? » dit-il à Gondebald. « Vous avez égorgé Chilpéric, père de Clotilde; vous avez noyé dans un puits la mère de Clotilde avec une pierre au cou ; vous avez jeté dans le même puits les têtes des deux frères de Clotilde , et voilà que vous donnez Clotilde en mariage au roi des Franks?... Mais croyez-vous donc qu'elle ne racontera pas à son époux tous
ces meurtres, et que , si elle est aimée de lui, les Franks ne vont pas venir pour venger ses larmes ?....»
Tardif avertissement! L'homicide Gondebald envoya Tordre de poursuivre l'escorte franke et de l'exterminer. Mais Clotilde avait eu le pressentiment de cette perfidie. Au lieu de voyager en chariot, à petites journées, elle avait confié ses craintes à ses braves compagnons, et sautant sur un cheval, elle les avait entraînés à toute bride à travers monts et vallées. Mais les Franks ne voulaient pas disparaître sans laisser un souvenir de leur passage et un gage de leur colère : ils incendièrent douze lieues de pays derrière eux, pour mettre une frontière de feu entre leur fuite et les poursuivants.
En arrivant sur la terre franke, Clotilde, sauvée, s'écria : « Je te rends grâces , Dieu tout-puissant, de voir le commencement de ta justice !
— a Et moi, » dit Clovis, en la recevant avec une admiration pleine d'attendrissement, » je jure d'achever la vengeance de ton Dieu contre les meurtriers qui ont fait couler tes larmes avec le sang de ta famille! »
Clotilde était catholique au milieu des Bourguignons ariens où une mystérieuse volonté du ciel était venue la chercher pour en faire le premier instrument de la civilisation française par le Christianisme. Par une admirable disposition de la Providence, Clovis, païen , permet que ses enfants soient élevés dans la religion de leur mère.
Son premier-né vient à mourir presque après son baptême.
« Si l'enfant, » dit Clovis, « avait été consacré au nom de mes dieux , il vivrait encore ; mais parce qu'il a été plongé dans l'eau mystérieuse au nom du vôtre , il est mort. »
Clotilde répondit tristement : « Je rends grâces à mon Dieu, créateur de toutes choses, qui ne m'a pas jugée indigne de voir
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