‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 139 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

l'enfant de mon sein associé à son royaume. Mon âme a résisté à la douleur de cette mort, parce que je sais que les petits enfants, échappés de ce monde dans l'innocence, sont allaités, au ciel, de la yue de mon Dieu. »

Elle eut un second fils , qui reçut au baptême le nom de Clodomir. Tl tomba malade à son tour, et cette fois Clovis manifesta sa colère. Le Seigneur accorda la vie de l'enfant aux prières de sa mère; mais Clovis, malgré ce miracle, n'ouvrit point les yeux aux lumières de la* foi.

Il fallait à cette âme forte et sauvage encore, une illuminalion plus éclatante, et un coup du Ciel qui brisât sa résistance.

Constantin avait eu la vision du Labarum.

Clovis aura la victoire de Tolbiac.

En 495, les Allamans, grande ligue germanique, grossie des Suèves , remontent en masse le cours du Rhin jusqu'à Cologne, et veulent forcer la Gaule. Clovis court au-devant d'eux et les rencontre dans la plaine de Tolbiac, aujourd'hui Zulpich, entre Bonn et Juliers.

Germains contre Germains, ces masses se heurtent dans un abordage effrayant; la mêlée roule ses vagues dans un lac de sang. Malgré des prodiges de valeur, les Franks sont enveloppés de tous côtés par une multitude d'ennemis qui semble sortir de terre. Ils n'attaquent plus, et tout à l'heure ils ne pourront plus se défendre.

Au milieu de ce désastre, Clovis a senti qu'il n'y a plus de force humaine qui soit capable de le sauver. Les dieux germains sont conjurés contre lui; faut-il périr, et périr vaincu!

Dans le paroxisme du désespoir, le héros frank se dresse sur ses étriers; son front chargé d'éclairs domine la scène sanglante qui tourbillonne autour de lui ; il se souvient du Dieu de sa compagne bien-aimée. et levant vers lescieux sa hache d'armes

brisée , il s'écrie : « Dieu qu'adore Clotilde , si tu es plus fort que mes dieux, rends-moi la victoire qui m'échappe, et je croirai en toi !.. . »

Cette courte invocation, jaillie d'une poitrine qui n'a jamais tremblé, est entendue des Franks : c Dieu de Clotilde , » crient ces héros, « combats devant nous, et nous t'adorerons!... »

Et, comme si une flamme électrique avait subitement ravivé leurs forces, ils se rallient, se serrent comme un mur vivant autour de leur chef, et recommencent la lutte avec une sublime espérance; ils s'étonnent eux-mêmes des coups terribles qui partent de leurs mains. Une terreur panique descend au cœur des Allamans déjà victorieux; leurs regards aveuglés ne savent plus diriger la flèche ; leur bras engourdi laisse tomber le glaive ou la framée; ils reculent, tournent le dos et s'abattent sous le carnage , comme une moisson fauchée par la tempête.

Toute la Germanie méridionale, entre le Rhin, leMein, le Danube et les monts de Bohême, est rendue tributaire du vainqueur de Tolbiac.

Clovis n'avait demandé au Dieu des chrétiens que de ne point faillir h sa gloire, et ce Dieu lui donnait un second royaume.

Xîî

Fidèle à son vœu , le chef des Franks revient dans la Gaule. Il passe à Tout et emmène avec lui le saint moine Waast, qui fut évêque d'Arras ; il passe à Reims et y prend l'évêque Rémi : « Ne me quittez plus , » leur dit-il , « et apprenez-moi à connaître le Dieu de Clotilde, qui devient le mien. »

Quand son instruction est achevée , il rassemble autour de lui les combattants de Tolbiac, et leur annonce sa résolution d'embrasser la foi chrétienne. « Je l'ai promis, » leur dit-il, « au Dieu qui nous a livré les Allamans ! Clovis ne peut manquer à son serment... »

— c(Et nous, » s'écrièrent les guerriers franks, ^ nous re-

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