‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 142 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

KVIII

Délivré de Sigebert et de Clodéric, il tourna ses pîéges contre Cararic, qui s'était fait roi d'Arras. Ce Cararic avait un fils, et tous deux régnaient trop près de Paris. Clovis tombe à Timproviste sous les murs d'Arras, surprend les portes, et menaçant de tout mettre à feu et à sang, oblige les habitants à lui livrer le père et le fils.' Quand il les tint en sa puissance, il leur donna le choix, entre un monastère ou la mort.

Ces deux infortunés reculèrent devant le trépas et choisirent la vie religieuse. Mais tandis qu'on rasait leur longue chevelure, dont la perte, selon les coutumes frankes, dépouillait du droit de régner, le vieux Cararic, surmontant son accablement, s'avisa de dire : « Quand le tronc n'est pas coupé, les feuilles repoussent!... »

— « Abattez le tronc! » s'écrie Clovis, et la hache fait voler la tête du père et du fils.

Au-dessus d'Arras , existait un royaume de Cambrai , possédé par deux frères, Ragnachaire et Reigner, qui menaient joyeuse vie. Clovis se déclare le vengeur de la morale publique et paraît devant Cambrai qu'il investit. Mais pour s'épargner les lenteurs d'un siège, il gagne en secret, par des présents et des promesses, quelques notables habitants de la ville. Ces traîtres soulèvent la population en lui faisant redouter les malheurs d'une prise d'assaut. Les deux princes sont saisis, chargés de liens, et portés en cet élat dans le camp de Clovis.

Celui-ci les voyant couchés à ses pieds dans la honte de cette captivité, dit à Ragnachaire : « Nous sommes de la même famille; pourquoi l'as-tu déshonorée en te laissant lier comme un esclave?... »

Et d'un coup de hache il lui fend la tête.

Puis, se tournant vers Reigner : « Et toi ,» lui dit-il, « pour-

LES lîKUOS DU CHRÎSTIANISME.

quoi as-tu laissé lier ton frère sans le défendre?... Vous êtes deux lâches, dignes du même châtiment !... »

Et d'un autre coup de haclie il exécute ce second meurtre.

Les misérables qui lui avaient vendu le sang des deux frères vinrent ensuite le trouver, pour se plaindre d'avoir été trompés. « Vous nous avez, » lui dirent-ils, « donné des bracelets et des ceintures qui paraissaient d'or; et voilà que nous les avons montrés, pour en connaître le prix : ce n'est que du cuivre!... »

— « Scélérats! » s'écria Clovis, « de quoi vous plaignezvous? Doit-on autre chose qu'un gibet à des artisans de perfidie?...»

Grégoire de Tours, qui raconte ces faits avec sa naïveté de chroniqueur, oublie de les condamner, et les complète par une anecdote non moins sinistre.

« Clovis, » nous dit-il, « ayant fait mourir ces princes et plusieurs autres rois [multis aliis regibiis) , et surtout ses plus proches parents, parce qu'il redoutait leurs entreprises contre son pouvoir, étendit sa domination sur toutes les Gaules. Ayant un jour rassemblé ses fidèles compagnons de bataille, on rapporte qu'il leur fît part du chagrin qu'il ressentait d'être privé de sa famille, toute détruite par ses mains, et il ajouta : « Je suis bien malheureux ; me voilà réduit à l'état d'un voyageur égaré au milieu d'une nation étrangère; je n'ai plus un seul parent dont, en cas de malheur, je puisse attendre des secours! »

« Ce n'était pas, » continue Grégoire de Tours, «qu'il fût affligé de la mort de ses parents; mais il parlait ainsi par ruse, pour engager ceux qui l'écoutaient à lui découvrir quelques parents, s'il en existait encore, afin qu'il les envoyât tuer... » - On aurait peine à croire des faits aussi étrangement cruels,

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