LIVRE HUITII^ME
de sa hiérarchie, qui se sont rendus coupables des plus funestes désordres. L'incrédulité s'est, de tout temps, fiiit une arnne de ces désordres particuliers pour frapper la religion; l'hérésie s'en est toujours fait un voile pour envelopper ses pièges, et pour favoriser Tesprit d'indifférence qui porte tant d'hommes faibles ou bornés à vivre presque sans culte, parce qu'ils voudraient quitter une religion dans laquelle sont nés ou peuvent naître des abus.
Faut-il en conclure contre la légitimité du pouvoir religieux ou contre la réalité de ses bienfaits?
Évidemment non ; car l'Église en corps n'a jamais approuvé ni entretenu les fautes de ses ministres. La législation canonique est, au contraire, pleine de ses protestations et de ses sentences.
Quant aux faits particuliers qui se sont produits, se produisent et se produiront encore dans la série des fautes dont les membres de l'Église peuvent se rendre coupables, leur explication éclate aux regards de tout loyal observateur des choses d'ici-bas.
Quelque sainte que soit la profession de chrétien et surtout
celle de ministre des autels, l'un et l'autre sont hommes; cela
veut dire qu'ils sont d'infortunés descendants d'Adam qui a
péché; qu'ils portent eux-mêmes la peine, et qu'ils éprouvent
les effets de la funeste concupiscence qui naquit dans le cœur
humain avec ce péché. Il est vrai que leur âme a été purifiée
par les eaux du baptême, qu'ils trouvent dans les sacrements
le remède à leur faiblesse, et qu'ils ont les secours de la grâce
qui peuvent les soutenir dans les plus grands combats. Mais
néanmoins ce sont des hommes; et comme tels, ils désirent
[tout ce qui se présente à eux sous l'apparence d'un bien qui leur
jsourit; ils fuient ce qui leur inspire quelque crainte de mal.
jCesont des hommes, et ils sont sujets à toutes les misères de
,rhumanité.
j Comme chrétiens, pourvus de tant de dons spirituv3ls, ils ;saYent quelquefois, dans les plus violentes tempêtes des pas-
sions, s'attacher courageusement et constamment au bien.
Comme hommes, combattus par tant d'ennemis cachés dans les rephs de la matière, ils n'ont pas toujours le courage d'écarter les séductions qui les entraînent vers le mal. Ainsi tantôt la grâce et tantôt la concupiscence triomphe en eux, parce que Dieu, en faisant l'homme chrétien, lui a donné l'une, mais ne lui a pas ôté l'autre, et lui laisse toujours ]a hberté naturelle d'indifférence.
Pourquoi donc s'étonner qu'il éclate des désordres parmi les chrétiens et même au sein du sacerdoce? Vous me direz : — « Quoi, peut-il en exister chez des prêtres?» — « Oui, » répondrai-je , « car ces prêtres sont aussi des hommes. » C'en est assez; je ne cherche plus ni le nombre ni l'espèce de leurs! fautes; je suis certain que parmi les individus il y aura des] désordres.
Je dis plus. La profession d'un ministre de l'Église allume une guerre irréconciliable entre la raison et les passions; elle exige les plus hautes vertus et exclut les moindres faiblesses. Il est donc extrêmement difficile d'atteindre cette perfection ; le combat est violent, perpétuel : à toute heure il y a un extrême danger de succomber.
Il est vrai que le divin fondateur du Christianisme nous a donné la grâce avec la loi, et que ce qui serait impossible à la faiblesse naturelle de l'homme, devient possible, avec la grâce, à l'homme chrétien. Et en elTet, une des preuves les plus sensibles de la divinité du Christianisme , c'est que ses lois sont observées par un grand nombre de laïques , et par l'immense majorité des prêtres, ce qui serait impossible sans un secours continuel de Dieu. Mais il faut réfléchir que, dans le Christianisme, il n'y a pas de milieu : celui qui observe exactement ses lois devient bientôt vertueux; celui qui se permet une seule