‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 147 sur 222 · LIVRE HUITIÉiME. 30S · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÉiME. 30S

transgression est coupable d'avoir violé toute la loi , et s'il ne se corrige promptement, vous pouvez prononcer avec assurance qu'en peu de temps ce sera un rebelle.

En voici deux raisons.

La première, c'est que, par exemple, un chrétien qui connaît les peines réservées aux fautes qui offensent Dieu ou qui blessent le prochain , s'il en vient à ne pas faire cas des avertissements que lui donne sa conscience, forme bientôt en luimême ce raisonnement însensé : ou je me damnerai , et je me damnerai aussi bien pour un crime que pour cent; ou je me convertirai , et la miséricorde divine me pardonnera aussi bien mille fautes qu'une.

La seconde raison , c'est que plus un chrétien se livre au vice, et plus il se rend indigne des grâces sans lesquelles il ne peut rentrer dans le bon chemin. Ainsi il est facile qu'il s'abandonne au désespoir; il imite alors un cavalier monté sur tin cheval emporté , et qui ne cherche plus à se glisser à terre, parce qu'il croit le précipice inévitable.

On sait, du reste, à quelle conclusion tendent les philosophes si impitoyables contre les scandales qui ont affligé le Christianisme , et qui le menacent encore. Cette conclusion ne serait rien de moins que la suppression de ses croyances et du corps chargé de conserver ses lois. Il y a eu des abus , des fautes, des crimes, parmi les prêtres : donc il ne faut plus de prêtres! Il y a eu des abus, des fautes, des crimes, parmi les évêques : donc il ne faut plus d'évêques ! Il y a eu des abus dans l'exercice du pouvoir confié à l'Église : donc il ne faut I plus d'Église!...

Mais continuez les apphcations de cette logique, et îijoutez : «Il y a eu des abus, des fautes, des crimes parmi les magistrats : donc il ne faut plus de magistrats! Il y a eu des abus, des fautes, des crimes parmi les princes : donc il ne faut plus de princes! Il y a eu des abus, des fautes, des crimes dans Texercice du droit de propriété : donc il ne faut plus de propriété! Il y a eu des abus, des fautes, des crimes au sein des

Sm, LES HÉROS DU CHRISTIANISME.

familles : donc il ne faut plus de famille! 11 y a eu des abus^^ des fautes, des crimes au sein de l'espèce humaine : suppri-j mons donc le genre humain !! !

Voilà le dernier terme où abouh't la logique des hommes qu'on appelle philosophes.

Retournons à la logique de Dieu, et voyons-la s'incarner, dans les faits de l'histoire, par le travail progressif des ouvriers de l'Évangile.

Pour se bien rendre compte des mœurs mérovingiennes, et de l'effroyable barbarie contre laquelle l'Église avait à lutter,; citons des faits incontestables : je les tire de i]os chroniques religieuses, source unqiue de l'histoire primitive des sociétés, modernes.

Vous avez vu le partage du royaum2 frank en quatre capifales ; ce partage , auquel le sort présida , donna aux Gaules une nouvelle division géographique, et à chaque section des noms nouveaux. Tout le sol situé sur la rive droite de la Loire fu^ divisé en Austrasie {Oster-Rike) , royaume oriental, et Neustrie, (Neoster-Rike) , royaume occidental. Le premier comprenait le pays entre le Rhin, la Meuse et la Moselle; le second em-^ brassait le territoire entre la Meuse, la Loire et l'Océan. Au delà de la Saône et de la Loire s'étendait la Gaule conquise sur le& Bourguignons et les Visigoths.

Les fils de Clovis étaient batailleurs comme leur père. 11 était naturel qu'en cherchant autour d'eux des ennemis à vaincre , ils eussent la pensée de venger sur la Bourgogne les mal* heurs de leur mère. Ils s'unirent donc pour y porter la guerre.

Glodomir, roi d'Orléans, prit Sigismond, roi des Bourgui-j gnons, fils de Gondebald, et l'amena prisonnier dans Orléans,, oii il le fit jeter dans un puits avec sa femme et ses enfants.

Cette cruauté fut punie par une. trahison. Thierry, jojd^

,:c" • : LIVREBUrriÈME. a Zll 307

Metz^ qui avait jépousé une fille de Sigismond, s'empara de Clodomir et le livra aux Bourguignons qui , après avoir épuisé sur lui les supplices, plantèrent son crâne, en trophée de vengeance, sur la pique d'un étendard.

La mort de Clodomir ouvrit la scène d'un drame plus atroce dont Paris fut le théâtre.

Childebert, roi de Paris, Clotaire, roi de Soissons, et Thierry, roi de Metz, voulurent partager à trois l'héritage de la conquête; il fallait poiir cela se débarrasser de trois enfants qu'avait laissés leur frère Clodomir.

Or, ces enfants étaient élevés à Paris, auprès de Clotilde, leur grand'mère.

Childebert dit à ses frères : «Notre mère a porté toute son affection sur les enfants de Clodomir; elle s'opposera à nos projets, pour maintenir la part de ses petits-fils, et si nous n'agissons pas avec adresse, elle peut soulever Je peuple contre nous. Que ferons-nous de ces enfants?

— « 11 faut, » dit Clotaire, « les faire moines, ou les tuer»

— a Pour moi, » dit Thierry , « je suis d'avis de les tondre^ et je fournirai les ciseaux; mais je ne tue pas des enfants. Agissez, au surplus, comme il vous plaira, pourvu que j'aie ma part des dépouilles. »

Childebert et Clotaire vinrent trouver Clotilde qui vivait dans une retraite presque monastique, et que Paris vénérait déjà comme une sainte.

« Mère, » lui dirent-ils, « notre frère Clodomir n'est plus; et nous devons aimer comme toi-même les enfants qu'il a laissés. Il est temps de les élever comme des hommes d'armes, afin qu'ils soient dignes de notre race ; confie-les donc à nos soins, et nous leur donnerons des couronnes. »

La pieuse Clotilde ignorait que Thierry avait livré Clodomir aux Bourguignons ; elle n'osait se rappeler que Clovis avait fait péril' tous ses proches ; elle ne savait pas que les terribles instincts d'un père se transmettent à ses fils avec le sang.

« J'oublierai , » s'écria-t-elle , « que j'ai perdu mon fils Clo-

domir, si vous devenez les pères de ces orphelins! Partez avec eux , en emportant ma bénédiction. »

XXVUI

Quand les trois enfants furent arrivés au palais du roi de Paris, on les enferma dans un souterrain.

Puis Childebert et Clotaire envoyèrent en message à Glotilde un sénateur de Clermont d'Auvergne, nommé Arcadius. C'était un de ces hommes que Ton choisit dans la race des vaincus pour les attacher au crime comme à la glèbe.

Arcadius se présente devant Glotilde , tenant d'une main une paire de ciseaux , et de l'autre un poignard nu.

« 0 reine très-glorieuse , » lui dit-il , « voici ce que vos fils vous font savoir. Hs ont promis des couronnes aux trois enfants de leur frère Clodomir. Or, vous plaît-il que leurs cheveux soient taillés en couronne avec ces ciseaux , ou préférez-vous qu'ils meurent par ce glaive? »

Vous savez que la chute de la longue chevelure était , chez les anciens Franks, un symbole de dégradation. Le prince rasé n'était plus apte à commander, jusqu'à ce qu'il eût recouvré ce signe extérieur des races nobles.

Tour à tour bouleversée par la terreur et la colère , Glotilde s'agita longtemps dans un silence convulsif. Ses regards erraient du glaive aux ciseaux.

e Ah! » s'écria-t-elle enfin, dans l'excès de sa douleur, c( plutôt les voir morts que spoliés de leurs droits par une si lâche perfidie ! ... »

Et , comme si une voix sainte eût crié dans son cœur qu'elle venait de prononcer un arrêt de mort , elle voulut ressaisir ses paroles, mais l'émotion l'étouffait; elle tomba à la renverse et perdit connaissance.

Arcadius disparut, sans pitié pour ce désespoir.

Les deux rois l'attendaient avec impatience, car malgré leur

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