LIVRE HUITIÈME. 3lC
lui reprocher en face sa conduite sacrilège , il fît attacher nu ce •vénérable pasteur sur un chariot rempli d'épines, et l'exila de son diocèse.
' Chilpéric, autre fils de Clotaire, devenu roi de Soissons, puis de Paris, étrangla son épouse Galsuinde pour épouser une servante nommée Frédégonde. Celle-ci fît périr les fîls qu'il avait eus de sa première femme. Impie autant que sacrilège, felle envoya des sicaires égorger l'èvêque de Rouen , Prétextât , au pied des autels, publiquement, en pleine fête de Pâques. ' Cette reine monstrueuse n'avait pas même de sentimenis fnaternels. Elle frappait outrageusement sa propre fîlle Rigonthe. Un jour, Rigonthe, exaspérée, rendit à sa mère coups pour coups, et se trouva la plus forte. « Ma fîlle, ma fille, faisons la paix, » s'écrie Frédégonde; «je ne serai plus méchante pour toi. Ton père m'a donné de grandes richesses; elles sont là, dans ce grand coffre de fer ; je veux que tu choisisses mes plus précieux joyaux^ pour qu'en te voyant parée comme les reines, je sois plus fîère de ta beauté !... » ' Rigonthe s'apaise. Le coffre est ouvert ; Frédégonde en tire à pleines mains des bracelets, des ceintures, des colliers; puis, feignant d'être lasse : « Tout cela n'est rien , » dit-elle à sa fîlle; « j'ai serré le meilleur au fond de ce coffre : cherche toimême. »
' Rigonthe se penche sans défiance; aussitôt Frédégonde abat le couvercle du coffre sur le cou de sa fille, et pesant dessus de tout son poids, s'efforce de l'étrangler. •Une esclave, présente à cette scène, pousse des cris lamentables, en appelant du secours. Le roi lui-même accourt et délivre la victime expirante.
'- -Ces querelles étaient fréquentes, elles pouvaient finir d'une Inânière fatale, mais Chilpéric aimait sa fille. En l'an 584, Ri*
gonthe est donnée en mariage à Récarède , prince des Goths.
Les noces sont célébrées à Paris. Pour en augmenter la splendeur, Ghilpéric fait enlever un grand nombre de pauvres familles parisiennes , et les livre comme esclaves à son gendre. Cinquante chariots suffisent à peine à contenir les meubles précieux, les étoffes rares , et les richesses de toute sorte que l'orgueil de Frédégonde prodiguait à sa fille. Les Franks venus à la cour pour cette fête , s'étonnent de voir tant de trésors au pouvoir d'une seule famille. « C'est, » leur dit Frédégonde, « le fruit de la bonne administration de nos domaines. » Elle eût pu dire , avec plus de vérité : « le fruit de mes spoliations. »
Qu'importe aux seigneurs d'armes la source du bien qu'ils convoitent; n'ont-ils pas, suspendue à leur baudrier, la clé de fer qui éventre tous les coffres-forts?... Pour eux, voir, c'est envier ; désirer, c'est prendre. Mais comment faire le pillage en la cour plénière du seigneur-roi qui leur a fait largesse? Faut-il risquer bataille de lances et d'épées, tandis qu'il y a encore tant de coupes de vin du Rhin à vider joyeusement?...
Attendez! vous avez vu les mœurs des rois franks; voici celles des gens de cour et des nobles hommes de la race conquérante.
Le cortège de Rigonthe se met en route. Quatre grands officiers du palais, les ducs Domégisell, Ansoald, Rladaste, et le maire ou majordome Wadon , sont chargés d'escorter la jeune princesse; tous les seigneurs franks qui avaient assisté aux noces veulent escorter ses trésors. Voilà plus de quatre mille hommes, armés de pied en cap, maîtres, écuyers, valets, qui s'en vont de compagnie en cette brillante chevauchée.
La marche allait à petits pas avec cinquante basternes frankes, lourds chariots à roues pleines, que traînaient des bœufs tardifs; au sortir de Paris, par la porte méridionale, un essieu se rompt sous le poids de sa charge.
«Mauvais présage! » murmurent les serfs.
Le soir venu , les voyageurs n'étaient encore qu'à trois lieues de Paris. On fait halte en prairie ; les tentes se dressent pour la