‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 15 sur 222 · LIVRE SIXIEME. ÎO · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME. ÎO

bien épousé un Goth dont elle était la captive; pourquoi la fille de PJacidie ne deviendrait-elle point, par son libre vouloir, la compagne de l'homme au nom duquel on la faisait trenjbler?

Un eunuque partit secrètement pour aller chercher partout ce héros de roman. « Va, fidèle serviteur, porte à Attila cet anneau d'or pour gage de ma foi ; dis-lui que pour prix de sa liberté, la fille de Yalentinien lui transmet tous ses droits à l'héritage de ïhéodose le Grand. Dis-lui encore que s'il veut voir le monde à ses pieds, c'est des sommets de Rome qu'il faut embrasser l'horizon ! ... »

L'attente fut longue et vaine. Honoria, tourmentée par les songes de la jeunesse et de la solitude , oublia un jour son lointain fiancé dans les bras d'Eugène, simple officier du palais oii sa mère la tenait confinée. Devant les signes funestes qui révélèrent sa chute, Placidie fut implacable : Honoria, chassée de la cour, s'en alla vers Constantinople, en traînant l'ignominie de sa détresse publique.

Placidie avait oublié que les mères ont le devoir de tout par donner.

Attila se souvint des droits qu'une imprudence lui avait offerts. L'anneau d'Honoria fut le premier de la chaîne qu'il forgeait pour l'univers.

Transportez-vous en pensée sur les steppes que divisent le Danube et le Volga. Vous y voyez fourmiller l'immense famille des Huns. En traçant les premières marches du monde barbare, je vous ai déjà peint ces cavaliers trapus, au visage noir et plat, jaspé de livides cicatrices , coquetterie de la hideur ; je vous les ai montrés chevauchant de pacage en pacaq^e, avec les huttes roulantes où grouillaient pêle-mêle femmes, enfants, vieillards. Race étrange qu'on dirait vouée à une éternelle bar-

barie, ce peuple a gardé son type au milieu des transformations humaines; père des Tartares, il échelonne encore ses camps nomades aux confins de l'Europe et de l'Asie, comme pour y perpétuer la semence des invasions à venir.

Les autres Barbares qu'avait vus Rome, de siècle en siècle, lui avaient inspiré l'épouvante, parce qu'il y avait en eux supériorité de la charpente. Le Gaulois, le Germain, le Goth, le Vandale , semblaient mouvoir des os d'acier sous des muscles de géants ; ceux qui les avaient combattus parlaient avec admiration de leurs yeux pleins d'éclairs ; ils vantaient les gestes héroïques de ces guerriers, cuirassés de force qui fendaient un homme en deux, d'un seul coup de la redoutable framée ; ils racontaient comment, perchés sur de grands chevaux vêtus de fer, ces héros à la blonde chevelure lavée dans l'eau de chaux ou poudrée de cendres de frêne, maniaient à deux mains la longue épée qui fauchait la pique du hastaire, puis lançant à coup sûr la lanière de cuir à nœud coulant, traînaient dans une fuite rapide l'adversaire qui n'avait pu les atteindre.

Ces prouesses d'un monde ignoré faisaient frémir le cœur (le la molle Italie; la fable les exagérait encore, comme plus tard, au moyen âge, elle se plut à broder les traditions de la chevalerie ; mais quand les Huns parurent à leur tour, l'horreur seule se dressa. La renommée qui courait devant ces monstres bipèdes les présenta d'abord aux Romains comme des bêtes mystérieuses, sœurs vivantes de ces Chimères de pierre que l'art antique érigeait sur les ponts. On leur prêtait une origine sinistre comme leur type; la chronique d'Ammien-Marcellin les fait descendre de magiciennes redoutées, sœur d'un roi des Goths nommé Felimer, et qui, chassées de la nation par l'horreur de leurs maléfices, s'étaient enfuies dans les déserts et accouplées avec des démons.

Hommes de batailles et de solitudes, abandonnés à l'instinct des brutes , ils ignoraient la différence du bien et du mal. Obscurs dans leur langage dont l'expression gutturale semblait sortir d'un monde fantastique, ils n'avaient ni culte ni supers-

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