‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 16 sur 222 · LIVRE SlXlÈiME · texte numérisé non relu

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titions. Colères et capricieux, ils se querellaient entre eux sans sujet, et se réconciliaient sans accord. Pomponius Mêla les appelle un croisement du furet et de la hyène. Quelques-unes de leurs hordes étaient antropophages. Pareils aux vampires , on les voyait coller leurs lèvres au gosier de Tennemi blessé et en sucer le sang jusqu'à ivresse. Saint Jérôme raconte qu'en ravageant les campagnes, ils coupaient aux pâtres des morceaux de chair vive et dévoraient avidement les mamelles des femmes.

Sans lois comme sans dieux, les Huns n'obéissaient qu'à l'influence magnétique du plus fort ou du plus hardi d'entre eux. Nés pour détruire, ils avaient l'enthousiasme de la mort. Tomber, rire et mourir, c'était le suprême honneur du vaincu : le vainqueur n'aspirait à d'autre gloire que celle de rire à son tour sous la hache ou le couteau d'un nouvel adversaire.

Leurs traditions, comme celles de tous les peuples sauvages, se bornaient à quelques ballades en mémoire des hommes féroces dont elles gardaient les noms, comme l'histoire civilisée garde les noms de ses héros. Un seul chant de leur muse farouche vous dira mieux que vingt pages les mœurs de ces démons du Nord.

... « Hogni et Gunar étaient deux grands chefs ! L'oiseau de la Moi't a mangé leur jeunesse ; mais ils ont ri sous son bec tranchant, comme quand ils dévoraient eux-mêmes le cœur de leur ennemi.

« Un jour, la hache de pierre s'est brisée dans la main de ces hommes forts. Ils ont glissé sur le sang qui rougissait la plaine; le vainqueur a jeté sur eux le filet de la servitude, et les a traînés dans son camp comme la proie des forêts.

« Hogni et Gunar étaient deux grands chefs! lis avaient sucé, tout petits , le lait de la même cavale ; plus tard , ils avaient bu

à deux , dans le même crâne , le sang versé par la bataille : le sang des vaincus est le lait des braves !

« Hommes forts, leur dit le vainqueur, vous avez trouvé ui\ maître ! mais remplissez d'or le crâne de mon père, et je vous donnerai la liberté. L'or qui luit au soleil réjouit l'œil du guerrier ; le fer qui brille dans l'ombre achète les joies de la victoire. »

c< Hogni et Gunar étaient deux grands chefs ! Ils se regardèrent sans répondre , et ils se comprirent. Le brave ne rachète point sa liberté perdue ; il crache au visage du fou qui se croit son maître; on l'égorgé: il rit, et meurt.

« Séparez-les! dit le vainqueur. Quand ils seront seuls, ils parleront. La solitude fait un vide au cœur des hommes forts ; l'oiseau du trépas vient s'y percher et chante les complaintes de la peur ; la peur découvre l'or pour la rançon du vaincu. »

« Hogni et Gunar étaient deux grands chefs! On les mit chacun à part dans les huttes de branchages que traînent les chariots. Le vainqueur dit à Gunar : « Homme fort, ta vie est courte , veux-tu l'allonger jusqu'au soleil de la prochaine bataille? Donne-moi ton or! »

« Et Gunar dit : « Si tu veux savoir où j'ai caché mon or, apporte-moi le cœur d'Hogni , tiré tout chaud de sa forte poitrine ; quand je le tiendrai dans ma main, s'il ne tremble point, je te dirai mon secret. »

« Hogni et Gunar étaient deux grands chefs, tous deux riches de l'or conquis aux batailles! Le vainqueur voulait les dépouiller l'un après l'autre ; voilà pourquoi il fallait tromper Gunar, et tromper Hogni après lui.

On arracha le cœur d'un vil captif; on le mit tout saignant sur un plat de bois, et on le porta à Gunar en disant : « Voilà le cœur d'Hogni l'homme fort ; prends-le dans ta main , vois s'il tremble; suce le sang, et dis-moi ton secret. »

« Hogni et Gunar étaient deux grands chefs ! ils avaient l'œil clairvoyant. Gunar dit au vainqueur : « Tu mens ! Ce n'est point là le cœur d'un brave. Vois comme il tremb!.e sur ce

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