‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 151 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

lui, pendant ses repas, un flambeau de résine allumé, il exigeait que ce malheureux eût les jambes rmes, et qu'il appliquât sur elles le flambeau jusqu'à ce qu'il fût éteint. Alors il le faisait rallumer pour recommencer le même supplice jusqu'à ce que les jambes du patient fussent entièrement brûlées. On l'assommait ensuite, parce qu'un être ainsi mutilé devenait une bouche inutile....

Je n'irai pas plus loin dans l'exposé de ces traits affreux, dont le recueil complet formerait un gros livre. Les exemples que je donne suffisent à caractériser le temps qui les a produits. Tyrannie d'un côté, servitude de l'autre, voilà le premier fruit de la conquête barbare. L'homme est conquis comme la terre, il en dépend comme un accessoire. Quand un duc, baron ou comte, quand un simple propriétaire de la race dominatrice lègue une portion de terre dont il s'est fait seigneur par le droit d'armes ou qu'il a reçue de la libéralité de son chef de guerre, il transmet avec le sol les hommes qui le cultivent. L'homme des champs ne peut pas plus en être distrait que le donjon du manoir ; les chartes frankes sanctionnent ce principe du droit romain. L'esclavage, dit-on, n'existait plus chez les Franks convertis au Christianisme; c'est une erreur commune à tous les historiens; l'antique esclave avait pris le nom de serf, mais il n'y avait qu'un mot de changé. Le serf était la chose du maître, et l'inQuence du Christianisme ne parvint, jusqu'aux Croisades, qu'à protéger cet infortuné contre le capricieux amour de la destruction qui faisait de l'esclave antique un gladiateur, ou qui le jetait en pâture aux murènes pour amuser l'oisiveté d'un patricien de Rome.

L'acre sève des descendants de Clovis fut épuisée avec le septième siècle.

A travers les fables qui enveloppent le règne de Dagobert,! au huitième siècle, il faut distinguer les efforts que fit ce prince pour fonder l'idée monarchique au sein des masses. Mélange de vices et de vertus, de sainteté et de débauches, il offre un caractère incomplet dont l'histoire n*a guère percé l'obscurité. Arnould, évêque de Metz, fut longtemps son guide politique; disgracié par des intrigues de palais, il fit place à Gunibert, évêque de Cologne : c'est toujours le clergé qui soutient la couronne chancelante.

Des fantômes de rois succèdent à Dagobert. Les hommes puissants sapent le trône; les maires du palais, grands intendants de la monarchie, la défendent à leur profit. Les princes delà race mérovingienne, tiraillés en tout sens par les événements que la fatalité semble rouler au chaos, et par des conspirations incessantes qui remplissent leurs nuits de rêves de meurtre, fléchissent devant la société confuse qu'ils n*ont plus la force de dominer. .

Au milieu de ces luttes acharnées, de cette collision des pouvoirs qui va rayer une dynastie usée, apparaît la grande figure de saint Léger. Génie de modération et de charité, l'évêque d'Autun combat contre les ambitions des hommes de force, en faveur des franchises populaires. Mais quand il voit tous les maux de la guerre accumulés sur ceux qu'il ne peut plus défendre, il se dévoue, il se Hvre lui-même comme un ^ otage. Le maire du palais Ébroin fait une victime de ce saint I évêque qui n'était pas le premier martyr des jours d'anarchie. " On lui crève les yeux avec un fer chaud , et on l'enferme dans un monastère. Après un an de cette captivité, Ébroin apprenant que le vénérable évêque n'a pas succombé à ses souffrances, envoie des bourreaux qui le traînent dans une pièce d'eau semée de cailloux tranchants; on lui coupe ensuite les lèvres et la langue. Replongé au fond d'un cachot, la sainte victime survivait encore à deux années d'agonie, lorsque la hache de son ennemi termine enfin tant d'horreurs.

Le meurtrier de saint Léger périt par les mains d'autres

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a la Bataille de Poitiers

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