LIVRE HUITrÈME
assissins; mais son sang n'éteignit pas l'incendie : l'esprit du meurtre est contagieux.
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La mort du maire Ébroïn rouA^re carrière à tous les fauteurs de guerre civile, et la race mérovingienne fait un pas de plus vers le néant.
Les maires du palais deviennent à leur tour les instruments providentiels d'une réaction sociale.
Pépin d'Austrasie, dit le Vieux, fonde leur pouvoir en sa personne. 11 règne par l'autorité, favorise les écoles et protège rf^glise; sa race est appelée à de royales destinées. Dans les alternatives de sa politique, tour à tour favorable ou contraire aux grands propriétaires franks qui vivent armés en face du trône, il se montre en dernier lieu l'expression militante de leur révolte contre la royauté mérovingienne et son principe populaire. On eût pu croire que la puissance nouvelle qui se préparait, aHait absorber la nation entière dans l'aristocratie franke. Mais, dès qu'elle atteignit son but, elle rentra comme à son insu, dans la condition nationale et chrétienne qui avait été tant de fois plus forte que la conquête.
De Pépin à Charlemagne, la société s'agite dans une ère de transition.
Vers 732, de nouveaux périls vont l'assiéger. L'islamisme monte de l'Espagne. Toute l'Aquitaine est ravagée par les Sai>razins. L'Arabe Abd-el-Rhaman renouvelle les souvenirs d'Attila. Bordeaux n'a pu l'arrêter; Saintes s'écroule sous le poids de ses armes; Limoges ouvre ses portes, croyant le fléchir; Poitiers, livré au pillage, voit dévorer par le feu sa riche basilique de Saint-Hilaire. L'épouvante est le courrier des victoires du chef sarrazin. Mais tout à coup un héros frank, Charles Martel accourt, fort de Dieu et de son génie. Les plaines de
Poitiers boivent le sang des envahisseurs ; Abd-el-Rahman luimême disparaît dans leur épouvantable défaite.
Si les chroniqueurs de ces époques lointaines ont un peu exagéré la victoire de Charles Martel , il n en est pas moins manifeste que ce grand homme fut le sauveur de la civilisation. Clovis avait été opposé par la Providence à la domination de la barbarie arienne; Charles Martel écrasa l'invasion de la barbarie mahométane. Son triomphe n*est pas une œuvre humaine. De tous les points de la France des cris d'actions de grâces montent vers le ciel. Une église est érigée à Tours, sous le vocable de Saint-Martin-de-la-Guerre, en mémoire du succès inespéré des armes chrétiennes.
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Après cet événement, Charles Martel pouvait prendre le trône ; il se contenta de gouverner. Tout cède ou se pacifie devant son nom redouté. Les Sarrazins, qui avaient reflué dans tout le midi des Gaules, et qui ne cessaient d'y fomenter des intrigues, des soulèvements, des trahisons, sont rejetés derrière les Pyrénées; mais cet affranchissement est payé par le ravage de Lyon, d'Arles, de Marseille, de Béziers, d'Avignon, de Nîmes et de Narbonne.
Vers cette époque, l'hérésie des briseurs d'images, favorisée par les édits de Léon l'Isaurien, met en feu tout l'empire d'Orient. La secousse de ces troubles nouveaux se fait ressentir en Italie : l'invasion des Lombards prend Ravenne. Le pape Grégoire 11 avait condamné sans fruit l'impiété sacrilège de Léon l'Isaurien ; Grégoire III succède à ses vertus et à son zèle , sans pouvoir arrêter la tempête qui éclate sur le sanctuaire. L'Église romaine menacée se tourne vers la France, et invoque l'appui de Charles Martel ; mais au moment où de grandes choses allaient s'accomplir et changer la scène du