LIVRE HUITIÈME
de Fempire en fixant d*avance le partage de sa conquête entre ses trois fils.
Il donne à Louis d'Aquitaine tout ce qui s'étend de la Loire aux Pyrénées, Tours excepté, et toutes les terres d'Espagne. Puis, tirant une ligne sur le centre des Gaules, de Nevers jusqu'au Rhin, il ajoute l'Alsace, une partie de la Bourgogne, le Lyonnais, et suit la chaîne des Alpes jusqu'à la mer, puis de la mer jusqu'en Espagne, par la Provence et le Languedoc.
Pépin, roi d'Italie, doit joindre à ce heau domaine toutes les terres qui sont par delà les Alpes, la Bavière, la partie de la Germanie qui borde la rive méridionale du Danube , et toutes les contrées du Danube au Rhin, et du Rhin jusqu'aux Alpes, vers l'orient et le midi; enfin, la Thurgovie et une partie du pays des Grisons.
Tout le reste de la domination franke venait à Charles : c'était la Gaule en deçà de la Loire, depuis la Touraine. Il y réunissait l'autre moitié de la Bourgogne , la Germanie occidentale, la vieille Neustrie, l'Austrasie, la Thuringe, une portion de la Bavière détachée du domaine de Pépin , la Saxe , et la Frise jusqu'aux bouches de l'Escaut.
Ce testament, signé par tous les personnages de l'assemblée, qui prêtèrent serment de le maintenir, fut envoyé à la sanction du pape.
Quelques années plus tard, Charlemagne, affaibli par l'âge
et les fatigues de ses longs travaux , convoque de nouveau , dans
Aix-la-Chapelle, une assemblée des grands et des évéques.
j L'empereur montre à leurs regards son fils Louis d'Aquitaine,
lie seul survivant des princes qu'il avait créés dans sa famille,
jiet qui tous avaient porté glorieusement le poids de ses travaux.
11 fait asseoir ce dernier enfant à côté de lui sur le trône, et
jces graves et samtes paroles lui confient tout l'Empire carlo-
'vingien : « Fils cher à Dieu , à ton père et à ce noble peuple ,
toi que Dieu m'a laissé pour ma consolation, tu le vois, mon
lîge se hâte , ma vieillesse même m'échappe , et le temps de ma
mort approche. Le pays des Franks m'a vu naître, Christ m'a
328 LES HÉROS DU CHRISTfANISiME.
accordé cet honneur. Christ m'a permis de posséder en gloire ies royaumes paternels : je les ai gardés non moins florissants que je ne les ai reçus. Le premier d'entre les Franks , j'ai obtenu le nom de César et transporté à la race des Franks l'empire de la race de Romulus. Reçois ma couronne, ô mon fils, avec le consentement de Christ, et prends les marques de ma puissance. Le rang où Dieu t'élève aujourd'hui , t'oblige plus quf jamais à respecter sa puissance. Voici que, devenant empereur, tu deviens par ce seul fait le protecteur des églises, pour les défendre contre la Violence des méchants et des impies. Honore les évêques comme tes pères, aime les peuples comme tes enfants. Que les monastères et les pauvres trouvent en toi leur appui. Choisis des juges et des gouverneurs qui craignent Dieu. Ne dépouilles pas, sans de graves raisons, ceux que tu auras élevés en dignité, et toi-même, sois toujours sans reproche devant Dieu et devant les hommes. »
Le père et le fils s'embrassèrent avec émotion : tous deux sentaient que Tavenir ne leur appartenait pas.
Le 8 janvier 814, Charlemagne descendit au tombeau, chargé d*ans et de gloire.
Nulle vie de souverain n*avait brillé de tant d'éclat. Son nom resplendissait du fond de la Pannonie aux grèves de l'Afrique, des solitudes de Bretagne aux merveilleuses cités d'Orient, d'Aix-la-Chapelle à Constantinople.
Sa mémoire fit éclore des épopées sans exemple; les cinquante-deux ou trois expéditions de son règne eurent chacune leur merveilleux chronif[ueur. La poésie nationale des Franks naissait ainsi dans le berceau de leur gloire historique.
Soixante-dix ans après la mort de Charlemagne , un moine de l'abbaye de Saint-Gall avait recueilli de la bouche de Wernbert, son abbé, les faits et gestes du grand homme. L'abbé