‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 158 sur 222 · LIVRE HUITir.MR · texte numérisé non relu

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par l'Église romaine. On raconte que, par une formidable fantaisie des temps héroïques, le cadavre impérial ne fut pas livré au cercueil.

Un fauteuil bas, large, à dossier arrondi, formé de quatre lames de marbre blanc, nues et sans sculptures, assemblées par des chevrons de fer, ayant pour siège une planche de ciiùne, avait été placé au fond d'une crypte, sur une estrade de six degrés, dont deux de granit et quatre de marbre blanc.

Sur ce fauteuil, la tnple couronne en tète, le globe dans une main et le sceptre dans l'autre , l'épée germanique au côté, le manteau de l'empire sur les épaules, un reliquaire au cou, contenant des fragments de la croix de Jésus-Christ, les pieds plongeant dans un sarcophage romain qui avait été, dit-on, le cercueil d'Auguste, l'empereur Charlemagne était assis depuis l'an 814, lorsqu'en 11G6, Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne , voulut avoir ce fauteuil pour son sacre.

Barberousse était lui-même un prince illustre et chargé de gloire. Tl ne se trouva personne pour oser défendre la violation du tombeau carlovingien. Les portes de bronze qui le fermaient depuis plus de trois siècles furent ouvertes.

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Ce dut être un moment étrange et redoutable, que celui où cet homme couronné se trouva face à face avec ce cadavre également couronné; l'un, dans toute la majesté de l'empire; l'autre, dans toute la majesté de la mort.

L'héroïque soldat ne recula point devant l'ombre héroïque; la gloire vivante dépouilla la gloire trépassée.

L'Église ouvrit au squelette qu'elle avait sanctifié, une

châsse funéraire d'un merveilleux travail byzantin, flanquée de

seize niches où sont assise-, la couronne au front, seize figures

j d'empereurs d'Orient, pales césars du Bas-Empire qui sem-

blent députés par la Mort pour former la cour muette de cet immense défunt.

Frédéric Barberousse prit le fauteuil de marbre, et trentecinq empereurs, dont Charles-Quint fut l'avant-dernier, vinrent s'asseoir après lui, au jour de leur sacre, sur ce piédestal du néant, dans le Hoch-Munster d'Aix-la-Chapelle.

Cette histoire de Barberousse forçant la tombe de Charlemagne , avait vivement frappé l'ardente imagination des légendaires. Quand il mourut dans les croisades , pour s'être livré , comme Alexandre, au courant froid du Cydnus, on ne retrouva point son cadavre. La croyance populaire enveloppa ce trépas de circonstances fantastiques. Le violateur des cendres de saint Karle le Grand pouvait-il disparaître comme un homme vulgaire? Toute l'Allemagne vous raconte encore que , percé d'une flèche sarrazine au milieu du fleuve de Syrie, l'empereur Frédéric fut sauvé des eaux par des génies qui le rapportèrent mystérieusement sur le sol germanique , où , par la permission du Ciel , il est enfermé dans la fameuse grotte de Kayserslautern, pour y faire pénitence de son péché. La légende des bords du Rhin le représente assis, devant une table de pierre, que sa longue barbe, qui croit toujours, a percée d'outre en outre.

Voilà ce que fit naître un cadavre d'empereur que les flots n'avaient point rendu. Partout et toujours, où cesse la certitude historique, l'imagination fait vivre l'ombre, le rêve et l'apparence. Les fables végètent, croissent, s'entremêlent et fleurissent dans les lacunes de l'histoire écroulée, comme la rouge épine et la giroflée d'or dans les crevasses d'un palais en ruine.

Charlemagne avait ajouté à la France la Germanie jusqu'à la Saal, la Saxe jusqu'à l'Elbe, l'Esclavonie jusqu'au Danube

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la Dalmatie jusqu'aux bouches du Cattaro, l'Italie jusqu'à Gaëte, l'Espagne jusqu'à l'Ëbre. Son empire était à cheval sur le Rhin ; Aix-la-Chapelle était comme la guérite d'où il surveillait ses conquêtes.

A la fin de son règne , la paix couvrait cette immensité; la civilisation sortait de l'Église, pour aller instruire les peuples, les écoles s'ouvraient, les études étaient en honneur , la grande œuvre des Capitulaires réglait en Europe les bases fixes de la société civile et religieuse. Rien ne fut étranger au génie de Charlemagne ; les hommes supérieurs immortalisent jusqu'à leurs faiblesses.

J'ai indiqué plus haut ce qu'il importe de noter du règne de Pépin le Bref à celui de Charlemagne. Après Charlemagne, l'histoire se compose de jours de gloire et de malheurs. La monarchie est tourmentée par des orages de toute sorte : le clergé se trouve mêlé aux passions politiques; l'Église est battue en brèche, mais elle résiste et fait face à sa mission ; la pensée de Charlemagne, conservée dans les Capitulaires , est la sauvegarde de la chose publique.

C'est une admirable chose que ces Capitulaires, dans lesquels sont contenus des préceptes et des instructions pour tous les besoins. Les rois eux-mêmes y Hsent leurs devoirs : « Ce sont les envoyés de Dieu pour le bien des peuples; ils avisent à tout ce qui est utile à l'humanité. Les évêques et les comtes sont leurs auxiliaires, chaque ordre selon la nature de ses attributions. Aux évêques, la discipline des prêtres, la fondation et la bonne direction des écoles. Aux comtes, l'exercice de l'autorité au profit de TÉglise, d'accord avec les évêques; la distribution de la justice, la conservation du peuple, le patronage des faibles, des pupilles, des veuves, des indigents. A tous, une émulation mutuelle, une sorte de surveillance mutuelle, un examen assidu des misères publiques, le devoir égal de concourir à la mission réparatrice des envoyés de l'empereur. »

Cette interprétation chrétienne de l'exercice du pouvoir se retrouve dans toutes les chartes des assemblées légales et ecclç-

siastiques. Dans un concile de Paris et dans un concile d'Aix , on avait entendu ces solennelles paroles, bientôt transformées en texte de loi : « Le ministère impérial ou royal consiste à gouverner le peuple de Dieu , et à le régir avec équité et justice, de telle sorte qu'il jouisse de la paix et de la concorde. Le souverain est d'abord le défenseur des églises et des serviteurs de Dieu ; sa sollicitude et son zèle ont pour objet d'empêcher, autant que possible, qu'il se commette des injustices; puis, s'il y en a de commises, de ne les point laisser subsister, et de ne laisser à qui que ce soit l'espoir de jouir de sa faute et la sécurité de son méfait. Tous doivent savoir que dès qu'une action mauvaise arrive à la connaissance du souverain , elle ne saurait demeurer impunie ou sans réparation , et que le châtiment sera conforme à la gravité du délit. D'oii il suit que celui qui est le juge des juges doit laisser venir à lui la cause des pauvres, et s'éclairer avec diligence, de peur que ceux qu'il a établis pour tenir sa place dans le peuple, ne laissent souffrir aux pauvres les douleurs de l'oppression. »

Telle était, en ces vieux temps , la politique de liberté et de popularité que le Christianisme s'efforçait de mettre en vigueur.

L'Église instruisait la Monarchie, et la Monarchie promulguait la loi de l'Église.

Ces règles magnifiques, toutes pleines de l'esprit des conciles, nous font connaître le neuvième siècle dans sa pensée intime. Les âges suivants ont trop méconnu cette action puissante du Christianisme, qui survécut toujours, même aux désordres qui souvent bouleversaient le clergé comme le peuple. L'Église et \a monarchie sont inséparables; toutes deux s'appuient sur leur popularité. L'une agit par des évoques, l'autre par des envoyés {missi dominici) ; au rebours de notre époque de décadence, la protection, dans ces temps naïfs, descendait

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