LIVRE HUITIÈME
dieu de la foudre, et Niord, qui régnait sur la mer et présidait aux tempêtes. Les sacrifices humains plaisaient à ces divinités., et tous les neuf ans, une assemblée solennelle avait lieu àLeire, dans l'île de Seeland, où l'on immolait aux dieux une double hécatombe d'hommes et de chevaux.
Cette religion, toute guerrière, inspirait aux hommes du Nord un dédain de la vie qui les portait à se précipiter en aveugles au milieu des plus affreux périls, et à chercher la mort comme la fm de leurs fatigues et le commencement d'une immortalité bienheureuse.
« Il est temps de mourir! » s'écriait le fameux Lodbrog au moment d'une mêlée. « Les Dyses me convient au palais d'Odin, oii j'irai boire de la bière, assis sur un trône éclatant, parmi les héros mes ancêtres. Les heures de ma vie sont écoulées, et je souris au trépas! »
Ce passage d'une antique ballade rappelle le caractère des compagnons d'Attila et le chant sauvage d'Hogni et de Gunar, que j'ai rapporté en peignant les mœurs des Huns.
On trouve, d'ailleurs, dans la Pliarsale de Lucain, un témoignage semblable, rendu par le poëté romain à la valeur fataliste des guerriers Scandinaves. Ce courage ne leur était pas toujours inspiré par un sentiment religieux. « Je n'ai aucune confiance aux simulacres divins, «disait Bardur, roi d'UIfsdall. « J'ai parcouru maint pays; j'ai rencontré des géants et des esprits; ils n'ont rien pu contre moi ; aussi je ne me ûe que sur mes propres forces. »
Un législateur Scandinave, postérieur à Odin, crut cependant devoir imposer des bornes à cette valeur téméraire, qui allait jusqu'à défier les puissances surnaturelles. Il prescrivit aux héros d'attaquer un ennemi seul , de se défendre contre deux, de ne pas céder à trois; mais de fuir devant quatre.
Les compagnons dont parle Tacite, et qui se dévouaient aux chefs guerriers de la Germanie, étaient connus dans l'extrême Nord sous le nom de koemper, ou champions. Les liens qui les attachaient à la destinée de leurs maîtres ne pouvaient
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être rompus que par la mort. Cette espèce de chevalerie barbare avait aussi sa discipline : il était défendu aux koemper d'enlever les femmes et les enfants, de chercher un abri contre la tempête, et de panser leurs blessures avant la fin du combat. Lorsque Fenthousiasme guerrier de ces champions s'exaltait jusqu'à la frénésie, ils prenaient rang parmi lesberseker (combattants enragés). L'héroïsme étrange de ces hommes affrontait avec une égale joie les coups de l'ennemi et les fureurs de la tempête, car leur genre de vie, qui était pour eux un besoin avant d'être une vertu, leur demandait ce double courage que devaient posséder aussi les vierges au bouclier, ces objets de leurs passagères amours.
Danois et Scandinaves obéissaient à des chefs supérieurs nommés over-kongar (sur-rois), et à des chefs tributaires ou vassaux des premiers, et nommés unter-kongar (sous-rois). Les uns et les autres de ces chefs rapportaient, pour la pluplupart, leur origine àOdin, et leur succession participait, comme en Germanie, de l'élection et de l'hérédité. Les premiers étaient au nombre de quatre en Danemarck, dont deux dans le Jutland, un à Leïre, et un dans la Scandinavie. La Norwége en comptait jusqu'à dix-huit , et la Suède un moindre nombre. Après les chefs inférieurs venaient les larls ou comtes, qui avaient au-dessous d'eux des vassaux appelés herses , barons, et qui conduisaient à la guerre les bandes des hommes libres.
Quand un chef supérieur laissait en mourant plusieurs fils, ceux d'entre eux qui n'avaient aucune part à la succession territoriale, se faisaient chefs d'aventures, et prenaient le titre de see-kongar, ou rois de la mer. On les appelait ivikings, lorsqu'ils commandaient une station maritime, ou une croisière