LIVRE HUITIÈME
permanente, sur les côtes particulièrement vouées à leurs invasions.
Il suffit de jeter les yeux sur une carte du Nord, pour reconnaître que la mer offrait plus de ressources que la terre aux Barbares de ces contrées, alors que l'agriculture y était dans l'enfance, et que les richesses minérales des monts Scandinaves étaient encore ignorées de ceux qui les foulaient sous les pieds. La rareté des blés et l'insuffisance des autres productions végétales obligèrent les premiers peuples septentrionaux de recourir à l'inépuisable fécondité de la mer de Norwége, la plus poissonneuse de notre hémisplière. Mais, malgré cette précieuse ressource , les peuples Scandinaves furent souvent exposés à la famine. Celle qui désola le Jutland , sous le règne du kongar Snio, inspira au thing , assemblée générale de Wiborg, un horrible décret qui devait livrer à la mort les enfants et les vieillards de la peuplade. Le désespoir d'une mère ouvrit alors un conseil moins cruel et également salutaire; on convint que le sort désignerait ceux qui seraient tenus d'abandonner la terre dont les fruits ne pouvaient les nourrir. De semblables émigrations se renouvelèrent dans la suite, et, s'il faut en croire le témoignage de plusieurs chroniqueurs contemporains, qui avaient recueilli en France les traditions apportées par les Normands , une loi permanente soumit les fils puînés à un exil périodique qui revenait tous les cinq ans. Ces émigrations forcées de la jeunesse se concertaient peutêtre avec l'expédition annuelle qui avait lieu chez les Scandinaves, comme auparavant chez les Anglo-Saxons, et que les Vandales n'oublièrent pas, lorsque la grande invasion du cinquième siècle les eut poussés sur la côte d'Afrique. Ces expéditions représentaient la vie de proie des hommes du Nord dans son organisation régulière. Tous les cantons riverains de la mer y concouraient selon leurs forces respectives, et la coutume avait fixé le nombre de holkers, de snekkars et de drakars que chacun d'eux devait fournir à la flotte commune.
Les holkers étaient de simples troncs d'arbres creusés avec
le fer et le feu ; les snekkars (serpents) et les drakars (dragons) tiraient leur nom de la forme qu'on donnait à ce genre de barques; ou des figures grossières dont elles étaient ornées.
Le roi ou chef Frodde lïl commanda jusqu'à trois mille de ces navires, et si parmi les scaldes (poètes guerriers), qui chantaient les exploits de ces demi-dieux , le Nord avait produit un Homère, la gloire des Argonautes, ces illustres forbans, pâlirait peut-être devant les aventures d'un kongar norwégien.
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Pareils aux Grecs qui allèrent piller la Colchide et les trésors de Troie, les ravageurs normands dirigeaient leurs expéditions vers les côtes qui abondaient en objets d'échange, et surtout contre les cités maritimes dont l'opulence commerciale leur promettait un précieux butin. C'est dans ces villes qu'ils se pourvoyaient d'armes et d'argent monnayé, ces deux grands moyens de commerce; car, on ne saurait trop le répéter, l'invasion Scandinave était tout à la fois l'expression de la guerre et la forme barbare des relations mercantiles. Elle fut plutôt marchande que guerrière dans la Baltique, et presque toujours guerrière sur l'Océan. C'est par la Baltique que les villes suédoises de Byrca et de Sygtouna se mirent en communication avec la Reid-Gothie, ou Prusse, et avec le Grika-Land, c'est-à-dire avec cette partie de la Russie qui servait d'intermédiaire entre le Nord et l'empire grec. Plus hardis dans la mer extérieure, les Norwégiens bravèrent les glaces du cap Nord, pour aller trafiquer sur les côtes de la mer Blanche, et sur les bords de la Dwina, avec les habitants de la Finlande.
La position géographique de la Suède dut lui assurer la prépondérance dans la mer intérieure qui baigne tous ses rivages. Ses navires aventureux visitèrent souvent l'Osturweg, région qui comprenait toute la côte orientale de la mer Baltique, depuis la Vistule jusqu'au golfe de Finlande. Les expé-