‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 166 sur 222 · LIVRE HUITIl'iiMï:. 3B · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIl'iiMï:. 3B

fut vaincue et prise dans les bouches de la Meuse par les bateaux des FrankSj qui n'avaient pas oublie leur vieille habitude de la mer.

Cetle apparih'on des Danois sur les côtes de la Gaule ne fut qu'un accident sans suite; le temps des Normands n'était pas encore venu. Dès lors, les îles Britanniques furent seules exposées aux déprédations des hommes du Nord , et l'Irlande reçut une colonie danoise.

Plus tard, l'invasion se remontra de nouveau sur les côtes de France et d'Angleterre, et ses attaques furent concertées avec assez de suite et d'ensemble pour donner à croire qu'il ne s'agissait plus seulement, pour les Barbares, de butin et d'aventures guerrières, mais de conquêtes et de domination.

Plus de trois cents ans s'étaient écoulés depuis le désastre de Chlochilaïg, lorsque les Normands d(}scendirent sur nos rivages. La faiblesse des rois mérovingiens ne les y avait pas attirés; ils n'en furent pas déîournés par la puissance de Charlem^igne. On a même cru pouvoir supposer que les conquêtes de ce grand homme sur les bords de l'Elbe, provoquèrent alors une réaction du Nord contre le Midi, en donnant aux Danois les Saxons fugitifs pour instigateurs et pour auxiliaires. Quoi qu'il en soit, les Normands firent plusieurs descentes en Frise du vivant de Charlemagne, et leur audace fit éprouver à ce monarque les plus sinistres pressentiments.

Le moine de Saint-Gall raconte à ce sujet un trait remarquable. ,.,

« Il arriva, » dit-il, « qu'un jour l'empereur Karle (Charlemagne) vint subitement, et sans être attendu, dans une ville maritime de la Gaule narbonnaise. Comme il se mettait à table, voici que d'énormes barques, remplies d'hommes du Nord , parurent en vue du port.

«Les uns les prenaient pour des marchands juifs, les autres pour des Africains, ou encore pour des Brelons. Mais le sage Karle, à la structure et à l'agilité de ces navires, reconnut que ce n'étaient pas des bâtiments de commerce , mais bien des machines de guerre. « Ces vaisseaux, » s'écria-t-il , « sont remplis, non de marchandises, mais d'implacables ennemis! »

« A ces mots, l'un s'efforce de prévenir l'autre; tous les assistants s'élancent pour attaquer ces navires, mais en vain, car les hommes du Nord comprenant que c'était là celui qu'ils avaient coutume dé nommer Karle au marteau (Karolus martellus), et tremblant que leurs armes ne tombassent en poussière en touchant ce héros qu'ils croyaient invulnérable, échappèrent avec une vitesse inouïe, non-seulement aux coups, mais aux regards des Franks qui les poursuivaient.

«Or, le religieux Karle, se levant de table, s'appuya sur une fenêtre et y resta longtemps à rêver, le visage tout mouillé de pleurs. Comme nul n'osait l'interroger sur sa tristesse, il leur expliqua lui-môme le sujet de ses larmes. « Savez-vous,» leur dit-il, «ô mes fidèles, pourquoi j'ai tant pleuré? Je ne crains pas que ces gens-là me puisisent nuire par leurs vaines menaces, mais je m'afflige grandement que, de mon vivant, ils aient osé insulter ce rivage; et je suis tourmenté d'une douleur extrême, parce que je prévois combien de maux ils feront à mes descendants! »

Cette anecdote est caractéristique, bien qu'on n'y doive pas ajouter une foi entière. Le nom de la Gaule narbonnaise est peut-être une erreur du moine de Saint-Gall, très-sujet à caution , quant aux noms et aux dates. Les hommes du Nord , sous le règne de Charlemagne, ne se montraient guère encore dans la Méditerranée, et ce fut moins contre eux que contre les Maures et les Sarrazins, que ce prince eut à protéger les côtes de la Septimanie, de la Provence et de l'Italie

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