‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 168 sur 222 · LIVRE HUITIÈME. 3o · texte numérisé non relu

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monastères et des villes. C'est alors que les Normands tentèrent de fonder une colonie sur l'Elbe, et qu'ils remportèrent, en 880, une sanglante victoire sur le duc Brunnon, qui périt avec toute sa noblesse d'armes et deux évoques. Les Saxons vengèrent, peu de temps après, ce cruel revers, en taillant en pièces une autre émigration danoise, à la bataille de Norden, en Westphalie, où les vainqueurs contemplèrent avec admiration , gisantes sur la poussière, ces grandes et belles statures des enfants du Nord, qui 'n'avaient point d'égales dans la nation des Franks.

D'autres causes firent que l'Espngne fut, plus rarement que la France, exposée aux courses des Normands. Outre son éloignement, les tempêtes du golfe de Gascogne la pro'égèrent, et les Arabes, dont je parlerai bientôt, étaient assez forts pour tenir leur empire fermé aux invasions. Cependant, les Normands s'y montrèrent de bonne heure; en 827, ils allèrent brûler Séville , après avoir été repoussés de la Galice par le roi de Léon, Ramire I".

C'était un singulier hasard que cette rencontre de deux races également conquérantes, dont l'une venait des glaces boiéales et l'autre des sables brûlants de l'Afrique, et qui, peut-être, n'avaient jamais entendu parler l'une de l'autre! La même cause pourtant, l'esprit aventurier avait rapproché ainsi, au pied de la Sierra Morena, les sectateurs d'Odin et ceux de Mahomet. Ils se chargèrent avec furie, comme des adversaires qui ont l'instinct de leur mutuelle valeur. Maîtres de Séville, les Normands voulurent, selon leur usage, dévaster les campagnes; mais les vaincus faillirent brûler leur flotte et leur fermer toute retraite. Forcés de reculer devant, une tactique supéi'ieure, ils allèrent surprendre Lisbonne, qui fut pillée pendant treize jours, doublèrent le cap Saint-Vincent, et après avoir remonté le Guadalijuivir, ils se dirigèrent du côté de Cordoue et d'Alicante; mais l'approche d'une nombreuse cavalerie arabe les obligea, encore une fois, de regagner leurs navires. Rendus à leurs courses de découvertes, ilsrecoimurent

olors le détroit qui sépare l'Europe de l'Afrique. Un des plus célèbres rois de la mer, Hasting, devait le franchir bientôt, pour aller infester la côte d'Italie.

La France, plus rapprochée du nord que l'Espagne, presque aussi riche qu'elle, malgré les désastres du cinquième siècle, ouverte aux petits navires par un grand nombre de fleuves navigables, et surtout affaibhe par l'anarchie qui rongeait toutes ses provinces, la France, dans de telles circonstances, devait être le but des plus constants efforts de l'irruption Scandinave.

Charlemagne avait songé trop tard à munir les côtes de l'Océan de moyens d'attaque et de défense , de vaisseaux et de fortifications. Vers la mi-mars de l'an 800, dit une chronique contemporaine, il avait quitté Aix-la-Chapelle, sa ville impériale, pour visiter tout le rivage de l'océan gaulois, et disposer des postes le long de cette grève où les Barbares du Nord venaient souvent essayer des descentes. 11 ordonna même de construire une flotte pour garder l'embouchure des fleuves qui , de la Gaule et de la Germanie, se versent dans la mer du Nord. Tel est le début d'une guerre qui ne devait plus cesser qu'après la dissolution de l'empire des Franks et la formation d'une société nouvelle en Europe. La ruine de la Saxe par les victoires de Charlemagne avait fait reculer, mais n'avait pu détruire le paganisme d'Odin. Vaincu sur la terre, il recommençait la lutte sur les eaux ; il se réfugiait dans les deux péninsules du Nord, dans le Danemark et la Scandinavie, son berceau; il lançait des nuées de ravageurs amphibies du fond de leurs havres sauvages et glacés. Les fugitifs saxons, qui aimaient mieux s'expatrier volontairement que de se laisser déporter dans les Gaules, affluaient par milliers chez les hommes du Nord, et faisaient passer dans tous les cœurs la soif de ven-i

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geance dont ils étaient animés contre leurs con^juéiants chrétiens.

Après Charlemagne, comme je l'ai déjà dit, les querelles intérieures firent abandonner le soin des côtes. L'Aijuilaine était sans vaisseaux; et si l'on voyait encore quel(]ues navires sur les c()tes de la Neustrie, ils étaient destinés à la pèche de la baleine, et quittaient les ports (ranks aussitôt que la saison propice ramenait dans leurs eaux les flotilles normandes. Encore faut-il observer que cette marine privée appartenait aux Bretons armorikains , qui furent, il est vrai, les enneiois des Normands, mais non les défenseurs de la terre française. La désastreuse bataille de Fontenay, et surtout la querelle des comtes Lambert et Rainald, qui se disputaient la ville de Nantes, mirent à découvert le flanc de la patrie, dit un chroniqueur contemporain, et les ducs qui devaient défendre l'empire, préférant aux intérêts publics leurs querelles particulières, donnèrent aux Barbares le moyen de déshonorer la France par toute sorte de rapines et d'incendies.

Mais le crime des seigneurs franks préposés à la garde des côtes ne fut pas seulement d'en abandonner la défense. La plupart eurent recours aux Normands, pour s'en servir d'auxiliaires dans leurs guerres privées ou dans leurs rebellions contre le trône. Trois mois avant le traité de Verdun, qui termina, au mois d'août 843, par le morcellement de l'empire de Charlemagne, la guerre civile que se faisaient les fds de Charles le Chauve, Charles le Gros ayant refusé le gouvernement de la Marche de Bretagne au comte Lambert, pour confier le comté de Nanles avec le Poitou au Poitevin Rainald, Lambert souleva les Bretons, auxquels il promit l'indépendance, se mil à leur tête, attaqua Rainald sur le territoire de Rennes, le tua, et dispersa ses troupes nantaises et poitevines; puis il courut se joindre au Normand Hasling, lui servit de pilote autour de la Bretagne, et l'introduisit dans la Loire.

Avec tant de facilités pour envahir la France, doit-on s'étonner que les Normands aient parcouru sans obstacle la province

de Lorraine, l'Aquitaine et la Neustrie, et que toutes les villes de ces trois royaumes aient éprouvé, au moins une fois, dans le cours du neuvième siècle, la fureur de ces Barbares?

Les monastères les attiraient par leur ricliesse, les enhardissaient par la faiblesse de leur défense , les irritaient par les pompes d'un culte qui était devenu odieux à tous les peuples du Nord depuis qu'il avait tenté de détruire leurs superstitions par le bras fort de Charlemagne. Aussi , peu de couvents parvinrentils à échapper à la destruction, et la plupart purent appliquer aux Normands ces paroles du Psalmiste : « Ils ont répandu le sang des saints, et il ne s'est trouvé personne pour les ensevelir. »

Les pieux cénobites songèrent moins à se défendre qu'à soustraire les reliques aux outrages des païens; on transporta ces trésors sacrés dans les lieux les moins accessibles à l'avide recherche des envahisseurs, et surtout à Dijon , qui était doublement protégé par ses inexpugnables remparts et par l'éloignement des cours d'eau navigables. Lorsque les jours de tribulation eurent cessé, chaque monastère, rentré dans sa paix, réclama, quelquefois en vain, le trésor confié à la terre lointaine. La reconnaissance des habitants de Tours offrit le siège métropolitain de cette église à un abbé de Marmoulier, qui, après avoir gardé trente ans dans l'exil le corps de saint Martin, l'avait rapporté sur ses épaules, malgré le poids des ans qui accablait sa vieillesse.

Des moines en fuite, portant à travers la France les reliques de leurs saints pour les soustraire aux outrages des Bai'bares, ne pouvaient que répandre la consternation dans tout le peuple. Si ces ossements des saints, auxquels on attribuait un pouvoir surnaturel, ne pouvaient être sauvés que par la fuite^ quel espoir de salut reslail4l aux hommes? Des religieux qui au-

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